L'ogre des faillites dévore la Belgique

©Emy Elleboog

Mois après mois, les records de faillites se succèdent. Le paysage entrepreneurial est dévasté. Pire, les créations d'entreprise ne compensent plus les disparitions.

Ecrasé par une hausse continue des faillites depuis 7 ans, le paysage entrepreneurial belge accuse le coup. Lorsqu'on regarde l'évolution sur 13 ans, on constate que leur nombre a augmenté de 53%, selon les chiffres de l'institut Graydon. Si les faillites sont généralement perçues comme un mal nécessaire pour assurer le renouvellement du tissu économique, leur progression fulgurante est devenue inquiétante, car le solde entre disparitions et créations de nouvelles entreprises est désormais négatif.

Ralentissement économique, croissance atone, resserrement des conditions d'octroi de crédit, les causes de cette hécatombe sont nombreuses. Tour d'horizon des grandes tendances de ces 10 dernières années.

Des pertes d'emplois toujours plus importantes

Depuis près de 10 ans, les pertes d'emplois étaient encore sous contrôle, car les faillites concernaient surtout de petites entreprises.

Aujourd'hui, de gros acteurs mettent la clé sous la porte et envoient au chômage un nombre toujours plus important de salariés, dépassant désormais, régulièrement, la centaine d'emplois perdus par faillite. Illustration avec les mois de janvier et de février de cette année, qui ont entraîné 4.729 pertes d'emplois, le pire chiffre enregistré lors de la dernière décennie.

Fait inhabituel, c'est en Flandre que la hausse est la plus marquée, avec une augmentation de 54%. En Région bruxelloise, les pertes d'emploi liées aux faillites ont bondi de 22% tandis qu'en Wallonie elles chutaient de 25%.

2007, l'année de la bascule entre Flandre et Wallonie

Jusqu'en 2006, les faillites étaient traditionnellement plus importantes en Wallonie. Avec le début de la crise, cette tendance s'est inversée avec très forte augmentation en Flandre, alors que, dans le même temps, la situation s'est stabilisée dans le sud du pays.

Ce mouvement de bascule s'explique par la forte exposition de l'économie flamande à la conjoncture internationale. L'économie wallonne, elle, est davantage orientée vers le secteur public et, de ce fait, moins perméable à la conjoncture.

2013, l'année de tous les records?

Le mois de janvier de cette année a donné le ton avec 1.147 entreprises belges qui ont disparu. Le record de janvier 2012 est pulvérisé. Jamais il n'y a eu autant de faillites lors du premier mois de l'année.

Les dégâts en termes d'emploi sont eux aussi très lourds: 2.583 personnes se sont retrouvées à la rue.

Le mois de février enfonce le clou et confirme cette tendance à la hausse avec 923 disparitions d'entreprises.

La construction et le commerce de détail

Sur une période de dix ans, les secteurs les plus touchés sont la construction, avec une augmentation de près de 70% en 2012. Suivent le commerce de détail et le secteur des services aux entreprises avec respectivement 66% et 43% de hausse.

Avec la crise, les nouvelles entreprises créées sont de plus en plus fragiles et basées sur un business plan de plus en plus sommaire.

De fortes disparités entre arrondissements

D'un arrondissement judiciaire à l'autre, on constate de grands écarts dans le temps et dans les volumes des faillites.

Ces variations importantes peuvent être mises sur le compte des politiques appliquées par les juges des tribunaux de commerce. Certains d'entre eux estiment, à un moment donné, qu'il faut purger le paysage économique des éléments les plus faibles afin d'assainir l'activité de tel ou tel secteur.

Ça a été le cas, il y a trois ans, dans l'arrondissement de Nivelles, qui a vu le nombre de faillites grimper en flèche.

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