Magnette propose un gouvernement fédéral minoritaire

Paul Magnette et Elio Di Rupo n'entameront des discussions avec la N-VA. La porte entrouverte s'est refermée. ©© BELGA

Le président du PS Elio Di Rupo a semé le trouble ce jeudi matin en ne fermant plus la porte à une discussion avec les nationalistes. Il s'est ensuite ressaisi, appuyé le soir même par Paul Magnette qui a réaffirmé que le PS ne monterait pas au Fédéral avec la N-VA.

Après avoir, dès le lendemain des élections, appelé à une large coalition excluant la N-VA au niveau fédéral, quitte à ce que le gouvernement qui en serait issu ne dispose pas de majorité dans le groupe linguistique flamand de la Chambre, Elio Di Rupo a semblé changer radicalement de ton. Après les négociations avortées avec le PTB en Wallonie, le président du PS était l'invité de la Première ce jeudi matin pour fustiger le claquage de porte de Raoul Hedebouw et consorts. Il n'a pu éviter de relancer le débat politique au niveau national.

"Sans avoir à traiter de questions institutionnelles, cela peut être un autre univers", répondait-il à la question de savoir si des discussions étaient envisageables avec le premier parti de Flandre, la N-VA. "Je prends acte de la réalité politique à l'issue des élections. Je ne suis pas en train de lancer des exclusives", ajoutait-il tranchant avec les exclusives - justement - prononcées par le PS durant la campagne. Dans la foulée, il tweetait pour réaffirmer que le "souhait" du PS n'était pas de gouverner avec la N-VA.

Le PS plaide encore l'écartement de la N-VA

Avant les élections, le président du PS avait bien indiqué qu'au Fédéral ce serait "avec la N-VA sans le PS ou avec le PS sans la N-VA". Toutefois, le message de ce jeudi avait semblé ouvrir et fermer la porte à la fois. Avant les élections, la N-VA ayant bien spécifié qu'elle ne négocierait avec le PS que dans le cadre d'une discussion institutionnelle menant au confédéralisme. La N-VA a réagi en ce sens à la sortie de Di Rupo: "Avec le PS, on ne veut parler que du confédéralisme", a ainsi indiqué la porte-parole du parti, Anne-Laure Mouligneaux, à La Libre.

La position du PS, Paul Magnette a une nouvelle fois tenu à la clarifier ce jeudi soir sur la RTBF. "On a une position très claire. C'est soit la N-VA, sans le PS. Soit c'est le PS, sans la N-VA. Nous ne négocierons pas avec la N-VA, car la N-VA veut le confédéralisme et nous ne parlerons pas de confédéralisme. On veut parler de choses urgentes. Nous n'avons rien en commun. La N-VA n'est pas incontournable. On peut faire une majorité sans la N-VA. Il ne faut pas qu'on s'enlise dans la crise. On doit respecter le choix des électeurs", a-t-il ainsi déclaré.

Magnette veut un gouvernement minoritaire

Paul Magnette a également plaidé pour un gouvernement fédéral minoritaire transitoire pour un an, et ce, pour éviter une longue crise comme il y a 5 ans. Ce gouvernement serait formé de l'exécutif sortant actuel élargi aux verts et aux socialistes, soit minoritaire côté flamand. "On peut imaginer un gouvernement fédéral qui ne soit pas définitif, mais par exemple pour un an. C'est ce qu'on a fait sous Verhofstadt III, on a formé un gouvernement pendant trois mois en 2003, puis on a trouvé une solution et on est sorti de la crise. Parfois, quand la situation est compliquée, on peut passer par une phase transitoire pour dégager des solutions", a proposé Magnette.

On rappellera que le 6 juin dernier, le Roi a prolongé la mission d'information confiée au lendemain du scrutin à Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (sp.a) en vue de préparer la formation du prochain gouvernement. Les deux hommes doivent faire un second rapport au Roi ce lundi et pourraient tenter de pousser PS et N-VA à entamer des discussions. Ceci pouvant expliquer l'ouverture du président du PS. Un round exploratoire entre les deux partis ne serait pas illégitime compte tenu de leur statut de premiers partis du pays.

Les lignes bougent un peu du côté de la sp.a

De son côté, Ecolo continue de fermer la porte à toute discussion avec la N-VA. "Ce n'est pas un souhait, une intention ou une promesse sans lendemain. Nous le répétons haut, fort et publiquement: tout nous oppose aux nationalistes avec une intensité telle qu'imaginer une coalition fédérale avec eux - sous quelle que forme que ce soit - est purement et simplement impossible", insistent les coprésidents Zakia Khattabi et Jean-Marc Nollet.

Côté flamand, les lignes semblent également bouger au niveau du sp.a. À Anvers, les socialistes ont conclu un accord de majorité avec la N-VA et l'Open Vld, c'est la coalition dite bourguignonne qui pourrait revenir dans le jeu une fois que le formateur Bart De Wever aura terminé son tour de consultations avec le Vlaams Belang. "Il est clair que le sp.a d'Anvers est dans cette logique, explique Dave Sinardet, le politologue à la VUB et à l'université d'Anvers. Le problème c'est que d'autres dans le parti sont beaucoup moins chauds. En outre, après les élections, le sp.a a décidé de donner le signal qu'il n'était pas partant pour entrer dans une coalition en Flandre, c'était un consensus au sein du parti."

L'option bourguignonne est d'autant plus séduisante qu'elle pourrait s'installer au niveau flamand pour être répercutée au niveau fédéral assurant une cohérence entre les niveaux de pouvoir dans l'intérêt de la Flandre et de sa ville portuaire. Elle rencontre toutefois deux obstacles. Elle n'offre qu'une majorité faible au Parlement flamand, note Dave Sinardet. "En outre, le sp.a a un problème sur sa gauche avec la montée du PTB et la N-VA a un problème sur sa droite avec le Vlaams Belang". Au niveau fédéral, la famille socialiste, est la première en termes de sièges.

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