Un chien aboie, Anne Teresa De Keersmaeker passe

Les danseurs marchent à présent, d'avant en arrière, esquissant des virages secs ou sautant parfois. Tout le vocabulaire de la chorégraphe flamande Anne Teresa De Keersmaeker. ©© A.Van AERSCHOT

La danse n'est jamais loin chez Bach, et Bach n'est jamais loin chez Anne Teresa De Keersmaeker. Et 16 danseurs de Rosas de mettre en mouvement les "Six concertos brandebourgeois" avec une rare élégance. À voir en janvier à La Monnaie, après la Volksbühne de Berlin, mercredi.

"Die sechs Brandenburgischen Konzerte" - création mondiale.

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Anne Teresa De Keersmaeker, chorégraphie. Cie Rosas

Douze hommes et quatre femmes déambulent nonchalamment sur scène, simplement vêtus de noir, les unes plantées sur des talons aiguilles, les autres sur des semelles plates. Ils attendent que les premières notes du "1er Concerto en fa majeur" les mettent en mouvement. Et ils marchent à présent, d'avant en arrière, esquissant des virages secs ou sautant parfois. Tout le vocabulaire de la chorégraphe flamande Anne Teresa De Keersmaeker.

La danse d'apparence spontanée révèle aussi progressivement le plan tiré au cordeau qui la structure. Les danseurs se synchronisent parfaitement avec le rythme de la musique, évoluant dans des cercles tracés à même la scène. Dans le premier des six concertos, Bach ne tergiverse pas. On dirait une symphonie jubilatoire, scandée par des basses obstinées. En musique baroque, on appelle ça la basse continue, dont les danseurs emboîtent le pouls.

Il apparaît vite qu'Anne Teresa De Keersmaeker (qui ne danse pas elle-même) ne cherchera pas à aller à l'encontre de ces chefs-d'oeuvre. Elle tisse plutôt un dialogue intense avec la musique de Bach et fait de ses danseurs des musiciens dont l'instrument serait le corps. Dans le spectacle, l'ensemble gantois B'Rock est dissimulé dans une fosse d'orchestre, mais son rôle n'en est pas moins vital pour la performance. Il faut dire qu'ils sont emmenés par l'excellente violoniste baroque Amandine Beyer, qui avait déjà fait danser si bien Anne Teresa De Keersmaeker et Boris Charmatz sur la sublime "Chaconne" de Bach.

La surprise du chef

La chorégraphe gardait la surprise du chef pour la fin du premier concerto - l'un des danseurs... déboulant avec un chien sur le plateau. Rien d'illogique en définitive lorsque sonnent dans l'orchestre les cors de chasse! Et comme tout chien qui se respecte, il aboie quand bon lui semble... Quelle liberté, quelle audace que celle d'Anne Teresa De Keersmaeker, qui renoue là avec le concert tel qu'on le pratiquait au XVIIIe siècle, pour échanger, voir et se faire voir. Même la musique de Bach n'échappait pas à la règle.

Rosas ne cherche pas à nous raconter une histoire. Tout tient dans l'expression méticuleuse du langage corporel. Parfois, les mouvements sont subtils, parfois féroces, toujours virtuoses. Mais exécutés avec tant de maîtrise qu'ils nous paraissent évidents. Soyons-en sûrs: chacun d'entre eux a été mûrement réfléchi.

Ce naturel et cette spontanéité confirment le métier de la chorégraphe. Et qu'importe si l'oeil ne peut saisir chaque détail: c'est l'ensemble qui compte. Tout comme il serait vain de se focaliser sur un violon ou un hautbois quand toute la musique de Bach vous arrive d'un bloc et vous cloue sur place.

Création belge à La Monnaie, du 5 au 9/1/19. www.lamonnaie.be

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