Le sacre de Van Rompuy vu par la presse

Hormis les articles élogieux publiés en Belgique, l'élection de Van Rompuy et de Catherine Ashton ne provoque pas la joie dans la presse européenne. Que du contraire.

(l'écho) - Autant le préciser de suite, la presse de nos voisins se montre beaucoup moins enthousiaste pour notre candidat que la presse nationale belge.

Le Figaro, journal de droite français, ne consacre à l’événement qu’un tout petit article en Une du journal.  « Le » sujet du jour n’est autre que le match corrompu entre la France et l’Irlande. A chacun ses priorités.  Heureusement, le journal revient plus en avant sur le sujet en pages intérieures.  Les journalistes soulignent les atouts de l’homme, sa discrétion et sa capacité à parler français. Le journal revient également, avec ironie, sur les gamineries publiées dans la presse belge et anglaise et reprend même les propos de la sœur d’Herman Van Rompuy qui le qualifie de  « clown. » Quant à la baronne Catherine Ashton, élue également hier soir, elle n’a droit qu’à une petite colonne.  Sans plus.

Le Monde, journal de gauche, titre sur son site internet : « un joker belge dans le jeu européen ».  Pour présider l’Europe, tout le monde prévoyait Tony Blair. C’est finalement Herman Van Rompuy qui a été choisi. « Herman qui ? » s’interrogent les Européens et autres envoyés spéciaux présents à Bruxelles hier soir. Le quotidien s’amuse de cette méconnaissance générale de notre Premier ministre.

Libération, autre quotidien français orienté à gauche, consacre sa Une à la tricherie du match France-Irlande. Les questions européennes sont bonnes pour les pages intérieures. L’Europe, on s’en fiche un peu en France. « Un président pour la déco » titre le quotidien. Lequel se demande aussi si le costume de président du Conseil n’est pas trop large pour Herman Van Rompuy. Son portrait n’est guère flatteur. Son auteur, Jean Quatremer, titre son article : « Van Rompuy, l’anesthésiant local ». « Flamingant obstiné, le chrétien-démocrate a été voulu par Paris et Berlin. »  L’élection de la Britannique Catherine Ashton n’intéresse pas le moins du monde le quotidien.

La Tribune, journal économique, livre en Une le visage de l’union européenne. Sans effusion de joie. Il faut se rendre en page 6 pour lire le compte-rendu de la soirée historique d’hier.  Pour le journal, le Belge devra « vite se défaire de son image de pantin de Paris et Berlin »  Quant à Catherine Ashton, « elle a bénéficié de la campagne menée en faveur de la féminisation du leadership européen ». Le quotidien pose également la question de savoir qui détiendra vraiment le pouvoir à Bruxelles.  « Certains diplomates craignent déjà un affrontement entre le président de la Commission et de l’Union européenne. »

Les Echos, autre quotidien financier français, donne enfin la place méritée à cet événement européen. Une demi-page de sa Une. Un dossier en page 10 retrace l’historique de cette élection et souligne déjà le regret des Belges de voir partir leur Premier ministre.  « Un homme qui avait réussi à ramener le calme dans un pays plus secoué que jamais par les conflits entre flamands et francophones ».  Le journal dresse aussi le portrait de la baronne Catherine Ashton nommée à la diplomatie européenne. Relativement inconnue avec son visage ingrat, elle « doit sa nomination à l’échec de la compagne de Tony Blair. »

Quant à la presse britannique, elle ne cache pas sa colère, voire son mépris. Le Financial Times affirme notamment que « ces nominations jettent un doute sur les capacités des politiciens élus à rivaliser avec Washington et Paris ». « Le choix de deux personnalités relativement inconnues (...) est un objet de consternation pour ceux qui voulaient donner plus de poids à l'Europe sur la scène mondiale », écrit encore le journal.

Pour le Guardian, journal de gauche, ce choix réduit à zéro « tous les espoirs de l'Europe de forcer le monde à lui prêter une attention nouvelle ». «Le continent, la nuit dernière, s'est éloigné de la table des grands » , conclut le quotidien.

Enfin, la presse américaine, via le Wall Street Journal, reste plutôt neutre dans le dossier même si le journal consacre l’essentiel de sa Une à l’élection.  Le quotidien américain résume, sobrement, l’élection de notre ex-Premier ministre. Sans guère plus d’intérêt.

D’une manière générale, la presse européenne regrette l’élection de ces deux personnages plutôt ternes et sans réel charisme international. Comme le résume le journal allemand Frankfurter Rundschau : « l’Union européenne a trouvé des dirigeants sans éclat, sans vision voire en partie sans expérience dans le domaine requis. »

On le voit, la vision de la presse européenne est bien loin du triomphe et des bonds de joie de notre presse nationale.

Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

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