Les Belges vont payer le coût de la crise

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Ivan Van de Cloot, économiste en chef d'Itinera Institute, un organisme de réflexion indépendant, ne mâche pas ses mots envers les hommes politiques, incapables de s'attaquer aux réels problèmes de la Belgique, en perte de compétitivité.

Bruxelles (L'Echo) - À quel point cette crise affecte-t-elle l'image de la Belgique auprès des investisseurs étrangers ?

YVDC : Les investisseurs étrangers nous considèrent comme les Balkans du Benelux. Cette crise est négative pour la Belgique : les investisseurs étrangers ont besoin de stabilité et se demandent quelle sera la valeur d'un accord ou d'une décision négociée avec un gouvernement qui n'est pas stable. Le fait que GDF Suez n'accordera pas, contrairement à ce qui avait été promis, de « golden share » à l'État belge est emblématique de la situation actuelle. La population belge paie le coût de la crise. Un coût peu visible. Lors de l'épisode du vote en Commission des propositions de scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, on a constaté une hausse des écarts entre les obligations d'État belges et les obligations d'État allemandes mais l'impact de la crise est moins important que celui qu'on aurait pu voir si on n'était pas passé à l'euro. La méfiance et l'inquiétude des investisseurs étrangers auraient directement entraîné une chute du franc belge. L'avantage de cette situation c'est que les hommes politiques étaient obligés de faire leur boulot !


Cette crise n'a pas encore poussé les agences de notation à modifier leur rating de la Belgique ?


YVDC: Avant la crise, certaines agences envisageaient de relever leur note à AAA suite aux améliorations en matière de désendettement notamment. La crise politique a clairement ralenti ce processus.


Le gouvernement venait de prendre des mesures fiscales et sociales pour soutenir le pouvoir d'achat. La crise risque-t-elle de mettre à mal ce programme ?

YVDC: Le Roi pourrait nommer un nouveau gouvernement chargé des affaires courantes et d'implémenter les mesures socio-économiques, mais je suis sceptique.

La Belgique a pourtant besoin d'un gouvernement stable pour faire face à l'aggravation du manque de compétitivité suite à l'accélération de l'inflation. Dans ce contexte, les négociations cet automne pour déterminer le nouvel accord interprofessionnel sont cruciales pour éviter tout risque de dérapage salarial. Il s'agit d'un enjeu crucial pour le système belge d'indexation automatique des salaires.

Si on ne réussit pas à maîtriser le coût salarial, ce système ne sera plus acceptable.

Les risques de dérapage salarial sont sérieux ?

C'est le cas tout particulièrement en Flandre où il y a une pénurie de travailleurs. Il faut aussi combattre une idée fausse, véhiculée par certains, selon laquelle une modération salariale n'est pas vraiment nécessaire car les travailleurs âgés vont être remplacés par des jeunes, moins nombreux.

Il ne faut pas réitérer les erreurs commises dans les années 70 quand on avait favorisé le départ des travailleurs âgés dans l'idée de les remplacer par des travailleurs plus jeunes qui avaient été condamnés finalement à payer plus de taxes pour payer les allocations de tous ces préretraités.

La suite de l'interview dans votre journal l'Echo de ce mercredi.

Propos recueillis par Carine Mathieu

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