Gosselies en second aéroport national

À l'heure où Ryanair fête ses dix ans de présence au Brussels South Charleroi Airport, le ministre wallon chargé de la politique aéroporturaire, André Antoine (cdH), voit grand: si pas supplanter Zaventem, au moins jouer dans la même catégorie et se profiler réellement en aéroport national voire international.

(l'écho) Il parle carrément de multiplier le trafic par trois pour atteindre les 7 millions de passagers d'ici 2009. Cela reste modeste par rapport à Bruxelles-National (16 millions de passagers) mais «il y a cinq ans, ils étaient à 21 millions et nous à 700.000», rappelle Antoine. Son optimisme est conforté par le fait que Ryanair (90% des passagers de BSCA) passera de 4 à 15 avions et envisage des relations transatlantiques. Jet4You, dont les liaisons vers Casablanca sont saturées à 78%, étudie aussi de nouvelles destinations.

De telles perspectives reposent bien entendu sur des investissements. La nouvelle aérogare est attendue pour novembre, l'allongement de la piste de 2.500 à 3.200 m pour dans deux ans et l'ILS, le système qui permet l'atterrissage par temps de brouillard, pour la fin 2007 (la mise en service attendra un an car il faut calibrer l'installation). Cela représente un budget de 96 millions, auquel il faut ajouter l'aménagement d'une gare SNCB, située sous l'aéroport et reliée à la ligne Charleroi-Nivelles-Bruxelles.

régionalisation

Tandis que BSCA s'étoffe, «Zaventem est en fin de piste», estime le ministre wallon. Il cite la modification permanente des routes, les risques d'astreinte imminentes si les normes régionales de bruit ne sont pas respectées et, globalement, «un aéroport sous-utilisé», qui doit réclamer des redevances d'atterrissage deux à trois fois plus élevées que Gosselies pour assurer sa rentabilité. Antoine y voit la démonstration du fait que «le communautaire est néfaste sur le plan socio-économique». «Il ne s'agit pas de supplanter Zaventem mais de se développer en parallèle, explique Antoine. Nous pouvons jouer en complémentarité et pas forcément en concurrence. La plupart des grandes villes ont deux aéroports internationaux. Au vu du rôle de Bruxelles, cela doit être envisageable chez nous.»

La Belgique étant ce qu'elle est, si l'aéroport wallon vient jouer dans la division de Zaventem, la Flandre réclamera avec plus de vigueur la régionalisation de Bruxelles-National. «On ne peut pas laisser le gouvernement flamand s'occuper seul de cet aéroport, et certainement pas des normes de bruit», estime le ministre wallon.

Il ajoute que ses programmes d'investissement accordent les mêmes budgets aux aéroports et à leurs riverains, afin d'insonoriser ou de racheter des habitations. «C'est sans commune mesure avec ce qui se fait, ou plutôt ne se fait pas, à Zaventem et dans la plupart des aéroports d'Europe, assure Antoine. Sur le terrain, nous avons maintenant des relations de bon voisinage avec les riverains.» Indice de cette évolution: sur les 1.282 maisons rachetées à Gosselies et Bierset, 497 ont été relouées «au prix du marché», ce qui a généré 270.000 euros de loyers en janvier de cette année.

Le ministre insiste aussi sur l'indépendance par rapport à Ryanair, qui demeure de très loin le premier client de l'aéroport.

Christophe De Caevel

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