Interview : Elio Di Rupo prépare déjà les négociations

Le président du PS met à l'agenda la hausse des pensions, la simplification des aides à l'emploi et des recettes nouvelles.

Le PS plaide pour une augmentation de 12% de la pension minimale, pour une revalorisation des allocations sociales, pour la hausse des frais forfaitaires à l'IPP. Tout cela est-il sérieusement finançable?

Bien entendu. Nous sortirons nos projections d'ici le 10 juin et nous montrerons qu'avec une fiscalité juste et plus efficace, c'est réaliste. Attention, ce ne sera pas encore un budget détaillé. Ça fera partie des négociations de formation du prochain gouvernement. Et elles risquent d'être très longues.

Une fiscalité juste, c'est-à-dire touchant plus les revenus ne provenant pas du travail?

Cela veut dire une contribution raisonnable de chacun selon ses revenus en général.

La taxation des plus-values boursières figure dans votre programme...

Ce sera effectivement une des mesures à débattre si nous sommes à la table des négociations. Moi, je ne cherche pas un accroissement de la pression fiscale. Mais il faudra trouver une formule pour préserver la sécurité sociale et lutter contre la pauvreté. En Wallonie, 15% de la population vivent sous le seuil de pauvreté. En Flandre, c'est 11%. Cela doit faire réfléchir des responsables politiques. Quelle que soit la prochaine coalition, elle devra apporter une réponse. Et trouver les moyens financiers nécessaires.

Disposera-t-on alors des marges pour affronter le vieillissement? 90% des coûts sont supportés par le fédéral mais un tiers des recettes est transféré aux Régions et Communautés...

La croissance des recettes de l'État est plus ou moins équivalente à celle des dotations aux entités fédérées. Les difficultés budgétaires du fédéral ne proviennent pas de ces dotations. Nous avons connu, et je l'assume, une réforme fiscale extrêmement généreuse ainsi que des réductions de cotisations patronales qui n'ont apparemment pas eu un effet massif sur l'emploi.

Pour l'avenir, tous les partis semblent d'accord de poursuivre la stratégie de surplus budgétaire, qu'il soit de 1% ou un peu plus. Je suis convaincu qu'avec un SPF Finances qui fonctionne, une imposition progressive et touchant les revenus réels, la Belgique est tout à fait en mesure d'y parvenir.

Là où je suis moins pessimiste que d'autre, c'est que je ne considère pas la vieillesse comme un problème. Ces gens ont travaillé, ont cotisé, ont construit la société. Ils ont des droits. Je comprends que certains veuillent considérer cela comme un immense problème. Je n'ai aucune objection envers les 2e ou 3e piliers. Mais le 1er doit rester le plus solidaire possible.

Le gouvernement a-t-il été trop généreux dans ses baisses de charges patronales?

Je n'ai pas dit cela. Il fallait intervenir en faveur de la compétitivité de notre économie. Je ne dis pas que les réductions de cotisations n'ont rien amené en termes d'emplois créés ou préservés mais le lien n'est pas toujours direct. Il y a aussi un peu d'argent qui est parti dans les bénéfices. Il faudra donc évaluer mais je pense qu'il faudra continuer à réduire les charges, mais en les ciblant sur les jeunes et les travailleurs âgés.

Y aura-t-il une marge pour baisser l'impôt des sociétés, comme le réclament les libéraux et les humanistes?

En France, pays très centralisé, l'ISOc représente 10% des recettes fiscales. Chez nous, c'est 8,5%. On n'est pas dans le scandale, me semble-t-il. Il faut regarder l'équilibre de la société. On ne peut pas tout faire. Il faudra donc s'accorder sur des priorités.

Et une baisse de l'ISOc, ce n'est pas une priorité pour vous...

On peut le dire comme ça, oui.

Êtes-vous favorable à un glissement vers une taxation sur les émissions polluantes plutôt que sur les bénéfices?

Avec prudence. Si l'impôt est lié à la production de CO2, que devient la sidérurgie? En revanche, on peut fixer un seuil de départ et, après, accorder des bonus ou des malus selon que les émissions baissent ou augmentent. Une fiscalité environnementale doit, en tout cas, être incitative.

Et pour les particuliers, qui sont responsables d'un tiers des émissions?

Le PS prône une écologie sociale. Il faut aider les gens à isoler leur toiture, à changer de chaudière… Nous proposons d'utiliser un milliard du Fonds Synatom (réserves pour le démantèlement des centrales nucléaires) pour offrir des prêts préférentiels, selon le mécanisme du tiers-investisseur. Mais je sais aussi que toutes les familles n'ont pas la capacité de négocier avec les entrepreneurs. Aussi, nous voulons établir un forfait au m2 pour que les coûts restent raisonnables pour les familles modestes.

Ce souci du climat vous incite-t-il à prôner le maintien des centrales nucléaires en Belgique?

Restons dans le cadre de la loi. Les choses se feront de manière naturelle: la loi prévoit une évaluation et nous verrons à ce moment-là. Mais attention, le but reste de forcer le destin. Il ne faudrait pas qu'on n'investisse pas dans la biomasse, les éoliennes, le solaire.

Le sp.a refuse de participer à un gouvernement qui remettrait en cause la sortie du nucléaire. Et vous?

J'entends beaucoup, du côté flamand, les uns refuser de venir si on fait ceci et les autres si on ne fait pas cela. Si ça continue, les bancs flamands seront vides lors des négociations… Bon, je comprends les positionnements. Mais dans une négociation gouvernementale, il faut être ouvert. La politique, c'est un art, pas une science.

Propos recueillis par Christophe De Caevel, Ine Renson et Wim Van de Velden

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