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L'économie belge a touché le fond

Le gouverneur de la BNB, Guy Quaden, parle d'un quatrième trimestre 2008 «catastrophique» et plaide pour «une autre culture bancaire».

Bruxelles (L'Echo) - C'est à une présentation un peu particulière du rapport annuel de la Banque nationale de Belgique que Guy Quaden avait convié la presse cette année. Vu la crise, le gouverneur avait en effet préféré axer sa présentation sur les perspectives 2009 au lieu du traditionnel passage en revue de l'année écoulée. Pour ce faire, la Banque a actualisé ses prévisions de novembre dernier, aujourd'hui totalement dépassées.

En deux mois, tous les paramètres de l'économie belge ont été revus drastiquement : PIB 2009 en recul de 1,9 % (au lieu de -0,2 % en novembre dernier), déficit budgétaire de -3,3 % (au lieu de -1,7 %), dette publique à 94,8 % du PIB (au lieu de 87,6 %), destruction nette de 25 000 emplois (au lieu d'une création nette de 8 000 postes), inflation de 0,5 % (au lieu de 1,9 %). C'est donc à une véritable dégringolade de l'économie belge que l'on vient d'assister. Rappelons que de son côté, le Bureau du Plan, dans le cadre des travaux budgétaires du gouvernement, vient d'actualiser sa prévision de croissance à -1,7 % pour 2009.

fin d'année catastrophique

Cette brutale révision d'ensemble s'explique par la publication du chiffre de croissance du quatrième trimestre 2008. Un trimestre « catastrophique », selon Guy Quaden, puisqu'il s'est soldé par une contraction de l'activité de 1,3 % par rapport au troisième trimestre (ou -0,5 % en rythme annuel). Ce chiffre de 1,3 %, plus mauvais que prévu, vient plomber la croissance globale pour l'année 2008 qui ne s'élève plus qu'à 1,1 % au lieu de 1,4 % attendu initialement. « Ce qui caractérise la récession actuelle par rapport aux récessions de 1973-74, 1981 et 1993, c'est la rapidité de la dégradation », observe Guy Quaden.

Pas question toutefois de verser dans un scénario de déflation, même s'il n'est pas exclu que la Belgique connaisse l'été prochain une période d'inflation négative. Un phénomène qui s'explique par le simple « effet de base », compte tenu du pic atteint par les prix pétroliers en juillet 2008 (147 dollars contre 45 dollars environ aujourd'hui).

L'économie belge a-t-elle pour autant touché le fond ? « Il est un peu tôt pour l'affirmer, mais je ne m'attends plus à une chute aussi brutale des indicateurs dans les prochains mois », répond Guy Quaden.

Quelles solutions à la crise ?

Reste la question que chacun se pose : comment sortir du marasme actuel ? Il faut distinguer la sphère financière de la sphère économique. Face à la crise économique, la BNB conseille de laisser jouer les stabilisateurs automatiques et de miser sur les plans de relance. À condition que ces mesures de relance soient « temporaires, coordonnées et ciblées ».

Face à la crise financière, la Banque nationale préconise à court terme, d'une part, de rétablir la confiance dans le secteur financier en assurant la liquidité et la solvabilité des banques et, d'autre part, de garantir l'accès au crédit pour les entreprises non financières. «Lorsque les banques centrales procèdent à des baisses de taux, les banques commerciales sont tenues de répercuter intégralement ces baisses de taux», avertit Guy Quaden.

À moyen terme, le gouverneur plaide pour une réforme de la réglementation et de la supervision afin de « promouvoir une autre culture bancaire ». Ce qui passe notamment par une révision des systèmes de rémunération des banquiers. Sur ce dernier point, Guy Quaden plaide pour des bonus liés non aux performances à court terme mais aux résultats à long terme de l'entreprise.

Toujours sur le moyen terme, le rapport de la BNB suggère un « réexamen des contrôles externes », c'est-à-dire des agences de notation et des institutions de supervision. Pour ce faire, « la banque centrale doit avoir un accès immédiat et intégral à toutes les données des institutions individuelles qui sont de nature à avoir une influence sur le système », estime Guy Quaden. Pourquoi ? Tout simplement pour que la banque centrale puisse assumer sa mission de « prêteur en dernier ressort », répond le gouverneur. Dans le même temps, il plaide pour la mise en place au niveau européen d'un système « intégré mais décentralisé » de supervision du secteur bancaire.

Enfin, à propos des rapports entre la Banque nationale et la CBFA, Guy Quaden a admis que « la situation n'est certainement pas optimale et qu'il existe une marge pour améliorer le contrôle prudentiel des banques en Belgique ».

Jean-Paul Bombaerts

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