Le premier président de l'UE fait son entrée en scène

Le premier président de l'UE et sa nouvelle "ministre" des Affaires étrangères effectuent mardi leurs premiers pas à la faveur de l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, avec un défi de taille: donner tort à leurs nombreux détracteurs qui crient à l'erreur de "casting".

(afp) - La création du poste de président permanent du Conseil européen, confié à l'ancien chef du gouvernement belge, le chrétien-démocrate Herman Van Rompuy, et celui de Haut représentant aux affaires étrangères de l'UE, attribué à la travailliste britannique Catherine Ashton, constituent la principale innovation du traité.

Ils sont censés donner plus de visibilité à l'Europe dans le monde. M. Van Rompuy met fin, au niveau des chefs d'Etat tout au moins, à un système de rotation semestrielle peu concluant de la présidence de l'UE entre pays.

"Aujourd'hui, les citoyens européens entrent dans une nouvelle ère", a affirmé mardi le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, qui va malgré tout poursuivre sa présidence tournante jusqu'à la fin de l'année.

"L'UE sera capable de parler d'une voix forte sur la scène internationale", lui a fait écho le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Pour l'heure, le choix du tandem européen suscite surtout des interrogations. Inconnu en Europe, M. Van Rompuy a déçu ceux qui auraient préféré une personnalité charismatique apte à parler d'égal à égal avec les Etats-Unis et la Chine.

Il "penchera plus du côté du modèle du +président chairman+ que du +président leader+, c'est-à-dire un président chargé de rapprocher les points de vue. Son rôle se limitera à l'influence", soulignent Thierry Chopin, professeur au Collège d’Europe à Bruges, et Maxime Lefebvre, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, dans une étude publiée cette semaine par la Fondation Schuman.

M. Van Rompuy fait d'ailleurs tout pour rester dans l'ombre. Il a certes commencé à faire la tournée des capitales européennes: lundi au Danemark, mardi en Slovénie puis en Italie pour rencontrer Silvio Berlusconi.

Mais il entend se montrer très économe de ses mots jusqu'au 1er janvier 2010 pour ne pas trop faire d'ombre à la Suède.
Tout juste vient-il de reconnaître ses vues "fédéralistes" sur la construction européenne, sans pour autant être "fondamentaliste".
Un point sur lequel l'ancien président français de la Commission européenne Jacques Delors lui a conseillé de se montrer prudent pour ne pas fâcher les Etats attachés à leurs souverainetés nationales.

Catherine Ashton risque d'avoir la tâche encore plus rude car la fonction dont elle a hérité suscite le plus d'attente. Elle jouit d'un statut de quasi-ministre des Affaires étrangères, voit ses prérogatives renforcées par rapport à son prédécesseur Javier Solana et sera dotée d'un vaste service diplomatique européen.

"Toute sympathique et respectable qu'elle soit, elle ne semble pas répondre au profil idéal d'un ministre européen des Affaires étrangères. Elle ne connaît pas les questions diplomatiques et n'a jamais occupé de fonction ministérielle importante dans son pays. En vérité, elle semble avoir été nommée par défaut", tranchent Thierry Chopin et Maxime Lefebvre.

Mme Ashton aura fort à faire pour s'imposer face à Paris, Londres ou Berlin qui entendent continuer à affirmer leurs diplomaties nationales.
Elle va passer en outre dès mercredi son baptême du feu avec une audition préliminaire devant le Parlement européen, où certains l'attendent au tournant.

"L'idée de confier la diplomatie de l'Europe à l'Angleterre, c'est à dire à un pays qui ne veut de diplomatie européenne en aucun cas" relève de "la caricature", s'est plaint l'ex-Premier ministre français Michel Rocard.

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés