Les baisses de charges ont sauvé 90.000 emplois en dix ans

Une étude de la FEB jauge l'efficacité des quelque 7 milliards d'euros de réductions de cotisations accordées ces dernières années. Les réductions de charges octroyées ces dix dernières années ont permis de sauver 90.000 emplois. C'est le résultat d'une étude de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). «L'Echo» vous la dévoile en primeur.

(l'écho) Le patronat ne s'en cache pas: il est, à sa manière, en campagne électorale. En divulguant ces chiffres maintenant, il entend plaider pour une poursuite des baisses de cotisations au cours de la prochaine législature. C'est aussi une réponse à certaines voix mettant en doute l'efficacité de ce type de mesures. Dans une interview accordée à «L'écho» début mars, le président du PS Elio Di Rupo avait, lui, plaidé pour une réduction de charges conditionnée à la création d'emplois (une «subvention à l'emploi supplémentaire»).

Que dit l'étude de la FEB? Elle évalue d'abord l'ampleur des réductions de charges. Au total: une bagatelle de sept milliards d'euros en 2007. énorme? «Pas tant que ça», répond Pieter Timmermans, administrateur directeur général de l'organisation patronale. «De 1995 à 2007, les dépenses de santé ont augmenté de près de 10 milliards», souligne-t-il en guise de comparaison.

Les réductions de charges sont d'abord structurelles et généralisées: 400 euros par trimestre pour tous, avec une majoration pour les bas et les hauts salaires. Des diminutions supplémentaires sont accordées à des groupes cibles (jeunes, travailleurs âgés, etc.). Au total, cela représente 5,4 milliards d'euros de baisses de cotisations patronales à la sécurité sociale en 2007. Il faut ajouter 600 millions d'euros de réductions de cotisations personnelles. Le «manque à gagner» pour la sécu s'élève donc à 6 milliards d'euros. Soit 8,4% de la masse salariale. Entre 2000 et 2007, la part des cotisations sociales dans les recettes de «Dame Sécu» est passée de 72% à 66%.

La taxation du travail a également été abaissée par la voie fiscale, sous la forme d'une dispense de versement d'une partie du précompte professionnel sur le salaire des chercheurs, des travailleurs en équipe ou de nuit et encore sur les «heures sup». En 2007, cet effort représente presque 800 millions d'euros. L'exonération de 0,25% du précompte, obtenue par le patronat lors de la conclusion de l'accord interprofessionnel 2007-2008, «pèse» elle 180 millions supplémentaires. On arrive donc aux sept milliards de baisses de charges.

In fine, le taux effectif des cotisations patronales ne dépasse pas 29%. Il frôle même le 0% pour certains travailleurs payés au salaire minimum.

Résultat de toute cette politique? L'étude de la FEB se réfère au dernier rapport du Conseil central de l'économie (CCE), «approuvé également par les syndicats». Le CCE stipule que, sans ces mesures, 90.000 jobs auraient été perdus. Et le taux de chômage serait plus élevé de 2%. Conclusion : «les baisses de charges ne sont pas un cadeau pour les employeurs, mais pour l'emploi», scande Pieter Timmermans.

La FEB appelle donc à poursuivre le mouvement. Mais pas n'importe comment. Un: les réductions doivent être linéaires, insiste le patronat. Qui appelle à une simplification drastique des plans de soutien à l'embauche. «Un milliard d'euros pourrait ainsi être mobilisé pour financer des réductions de charges. Les bas salaires en ont déjà largement profité. Il faut maintenant s'attaquer aux salaires moyens», juge Pieter Timmermans. Deux: d'autres réformes pour «flexibiliser» le marché du travail sont nécessaires, faute de quoi les efforts consentis sur le coût du travail seront vains, conclut la FEB.

Alain Narinx

Photo Belga

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