En cas de nouveau «non», une crise politique majeure

Un nouveau rejet plongerait les Vingt-sept dans une nouvelle crise politique majeure qui non seulement marquerait un coup d'arrêt du processus d'intégration, mais saperait la confiance de l'opinion et des investisseurs. Avec d'éventuelles conséquences sur l'euro.

Bruxelles (L'Echo) - Quelles conséquences en cas de «non»? Un nouveau rejet plongerait les Vingt-sept dans une nouvelle crise politique majeure qui non seulement marquerait un coup d'arrêt du processus d'intégration, mais saperait la confiance de l'opinion et des investisseurs. Avec d'éventuelles conséquences sur l'euro.

Le plus étonnant, c'est que les dirigeants européens n'ont pas tiré les leçons de l'échec de la Constitution. Officiellement, il n'y a donc pas de «plan B» si les irlandais disent à nouveau «no», d'autant que les présidents tchèque et polonais sauteraient sur l'occasion pour ne pas signer le texte. Exit alors le traité de Lisbonne? Passage en revue des différents scénarios.

  • Le premier cas de figure est l'abandon du traité. L'hypothèse est jugée irréaliste politiquement: une nette majorité d'Etats membres ne veulent pas se contenter des réformes institutionnelles du traité de Nice et ne pourraient admettre que quelques millions d'Irlandais, avec l'aide quasiment illicite des présidents tchèque et polonais, bloquent l'approfondissement de l'UE. Leur laisser le dernier mot écornerait sérieusement l'image de l'Union dans le monde, qui serait perçue comme une entité impotente. La crise serait d'autant plus sérieuse que sans traité, les prochaines adhésions seraient bloquées, plusieurs pays ayant déjà averti qu'il ne pouvait plus être question d'élargissement sur la base du traité de Nice.
  • Une nouvelle renégociation du traité. Cette hypothèse est jugée encore plus improbable, car le traité de Lisbonne est déjà le fruit d'une renégociation après l'échec du traité constitutionnel, torpillé par les Néerlandais et les Français. Sans compter qu'une nouvelle renégociation aboutirait vraisemblablement à la rédaction d'un texte au contenu similaire qu'il faudrait ensuite soumettre à nouveau à référendum.
  • La sortie de l'Irlande de l'Union européenne. La plupart des citoyens irlandais ne semblent pas la souhaiter et elle n'est pas au programme des partis politiques, même chez ceux qui soutiennent le «non». Certains jugent toutefois qu'il serait logique que Dublin organise un troisième référendum en stipulant qu'il s'agit soit d'approuver Lisbonne, soit de quitter l'UE. On peut douter qu'aucun gouvernement irlandais se lance dans cette voie. De toute façon, le retrait d'un pays n'est pas prévu par les traités existants. Il s'agit en effet d'une nouveauté du traité de Lisbonne.
  • Un troisième référendum. L'hypothèse a précisément été exclue par le Premier ministre irlandais. Elle est défendue par certains partisans du «non», qui estiment que le pays pourrait arracher de nouvelles concessions à ses partenaires. Dublin a déjà obtenu de ses partenaires l'assurance de conserver un commissaire au sein de l'exécutif européen et que le traité n'affecterait ni la neutralité du pays, ni sa législation sur l'avortement, ni sa fiscalité.

    L'Irlande court donc le risque de voir ses partenaires mettre en œuvre les mécanismes de coopération renforcée ou pire, de les pousser à développer des coopérations hors de l'UE, avec le danger de se voir reléguer dans une Europe de seconde zone. Objection: ces coopérations renforcées potentielles ne concernent pas les règles de fonctionnement de l'UE, qui constituent le cœur du traité de Lisbonne. Elles n'apporteraient pas de réponse aux problèmes de paralysie d'une UE élargie. L'idée de la constitution d'une nouvelle Union, sans l'Irlande, pourrait dès lors être évoquée. Le premier ministre italien Silvio Berlusconi s'est fait le défenseur de cette possibilité.

    Olivier Gosset
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