Fonds spéculatifs: la discorde persiste entre grands pays

Les pays industrialisés continuent à s'opposer sur la nécessité de renforcer la transparence des fonds spéculatifs, un projet que l'Allemagne tient à coeur.

(afp) Les pays industrialisés continuent à s'opposer sur la nécessité de renforcer la transparence des fonds spéculatifs, un projet dont l'Allemagne fait une priorité de sa présidence annuelle du G7/G8, mais qui n'a guère avancé ce week-end à Washington.

Quelque 9.000 hedge funds sont actuellement recensés dans le monde, qui se sont considérablement développés ces 15 dernières années.

Souvent basés dans des paradis fiscaux, ils gèrent quelque 1.400 milliards de dollars et suscitent des inquiétudes principalement en Europe continentale, en raison de leur opacité.

Leur spécialité: faire des profits rapides avec des paris très risqués sur les marchés. Ils spéculent sur de futures fusions d'entreprises, les cours des devises, les prix des matières premières, les cours des actions.

Leurs gains, qui surfent sur la bonne santé de l'économie mondiale, sont souvent énormes.

Cinq courtiers de hedge funds ont gagné plus d'un milliard de dollars en 2006, selon le classement annuel publié cette semaine par le magazine Trader Monthly. Le premier d'entre eux, l'Américain John Arnold, âgé de seulement 33 ans, a amassé à lui seul entre 1,5 à 2 milliards de dollars.

Mais les autorités de régulation craignent qu'une bulle spéculative dangereuse se soit formée, qui risquerait d'avoir un impact significatif sur les marchés mondiaux en cas de retournement de tendance, entraînant les banques traditionnelles, qui prêtent de l'argent aux fonds.

Si l'Allemagne et les pays européens continentaux veulent contraindre les hedge funds à la transparence, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, qui concentrent l'essentiel des fonds spéculatifs, préfèrent l'auto-régulation.

Le communiqué publié vendredi soir à l'issue de la réunion des ministres des Finances du G7 à Washington ne fait plus référence à la nécessaire "vigilance" face au hedge funds, formule employée lors de leur précédente réunion en Allemagne en février.

D'après le ministre français de l'Economie Thierry Breton, le sujet est "complexe" et les discussions en sont à un "stade préliminaire".

Les Allemands, qui ont fait de cette question une priorité de leur présidence du G7/G8, ont eu du mal à cacher leur frustration à Washington. "Il serait souhaitable qu'on parvienne in fine à l'instauration d'un code de bonne conduite", a souligné le secrétaire d'Etat aux Finances Thomas Mirow, mais "les discussions doivent encore se poursuivre", a-t-il dit.

"Je préfère qu'on s'inquiète de cette question quand la situation est bonne pour ne pas être pris de court quand il y aura un retournement", a plaidé le président de la banque centrale allemande, Axel Weber.

Signe de l'importance grandissante accordée à cette question, le gouvernement allemand réunit dimanche à Washington des représentants du G7 ainsi qu'une vingtaine de gestionnaires de fonds spéculatifs.

La Banque de France a organisé aussi un séminaire sur le sujet, avec banquiers centraux et investisseurs financiers.

A Essen en février, les pays du G7-Finances avaient demandé au Forum de stabilité financière, une instance chargée d'aider à la surveillance des marchés mondiaux, d'actualiser un rapport datant de 2000 sur ces fonds. Les fuites sur son contenu parues dans la presse indiquent qu'aucune mesure concrète ne sera proposée.

Le projet de l'Allemagne se heurte non seulement à l'opposition de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, mais aussi aux hésitations des institutions financières internationales.

Le Fonds monétaire international (FMI) et la Réserve fédérale se sont dits opposés à toute réglementation du secteur.

L'Allemagne entend faire pression sur ses partenaires lors du sommet des chefs d'Etat du G8 en juin.

Photo Belga

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