Incertitude à la Banque mondiale après le désaveu infligé à Wolfowitz

L'incertitude continue de peser sur le sort du président de la Banque mondiale Paul Wolfowitz, désavoué par ses actionnaires et ses employés, mais soutenu par l'administration américaine.

(afp) L'incertitude continue de peser sur le sort du président de la Banque mondiale Paul Wolfowitz, désavoué par ses actionnaires et ses employés qui l'accusent de népotisme, mais soutenu par l'administration américaine qui l'a nommé.

"Le président a confiance en Paul Wolfowitz et dans son travail" à la Banque mondiale (BM), a déclaré vendredi une porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino.

Un point de vue partagé par le secrétaire au Trésor Henry Paulson qui a indiqué avoir "beaucoup de respect" pour Paul Wolfowitz et qui a indiqué que le soutien de l'administration américaine pour le président de la Banque mondiale "ne faiblissait pas".

En vertu d'une règle non écrite, les Etats-Unis désignent le président de la Banque mondiale tandis que l'Europe a la main sur la direction du Fonds monétaire international.

Le candidat démocrate à la présidentielle John Edwards est toutefois devenu vendredi le premier homme politique américain à réclamer la démission de l'ancien numéro deux du Pentagone, l'un des principaux architectes de la guerre en Irak, qui a pris la tête de la BM en juin 2005.

Les employés de la BM, outrés par ce qu'ils considèrent comme une faute morale, ont également demandé à leur patron d'"agir avec honneur et démissionner".

Le ministre français de l'Economie et des Finances Thierry Breton a estimé à l'issue de la réunion des grands argentiers du G7 vendredi à Washington que la Banque mondiale "est une institution qui doit avoir une gouvernance éthique irréprochable".

"Je fais pleinement confiance au Conseil d'administration de la Banque mondiale" pour régler cette affaire, a ajouté le ministre français. "Il s'est réuni pendant dix heures, c'est donc qu'il a estimé (que le sujet n'était) pas anodin", a ajouté M. Breton.

Le Conseil d'administration de la Banque s'était réuni dans la nuit de jeudi à vendredi pour examiner les mesures à prendre après la décision personnelle de M. Wolfowitz d'accorder d'importantes augmentations de salaire à sa compagne alors que celle-ci avait été détachée de l'institution lorsqu'il en était devenu le président en 2005.

Le Conseil avait ensuite indiqué dans un communiqué qu'il n'avait ni été tenu au courant ni approuvé ces augmentations.

Vendredi, plusieurs ONG, dont l'appui contribue à l'efficacité de la Banque sur le terrain, ont aussi demandé le départ de M. Wolfowitz.

"Alors qu'il se pose en apôtre de la lutte contre la corruption, Wolfowitz est pris la main dans le sac. La seule issue acceptable est sa démission immédiate", a estimé le Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde (CADTM).

Oxfam a jugé que "si le conseil l'administration de la Banque mondiale estime que les règles ont été violées" par M. Wolfowitz, "il est difficile qu'il continue".

Selon des documents internes à la Banque, Mme Riza aurait reçu, sur ordre de M. Wolfowitz, plus de 60.000 dollars d'augmentation de salaire portant ses émoluments à quelque 200.000 dollars par an.

"Il faut voir si Wolfowitz pourra conserver l'autorité morale nécessaire pour exercer ses responsabilités", a également déclaré le ministre brésilien des Finances Guido Mantega, à Washington.

Les administrateurs n'ont pour l'heure proposé aucun "remède" susceptible de résoudre la situation, comme M. Wolfowitz l'avait suggéré jeudi, en présentant publiquement ses excuses.

Ils semblent avoir laissé à M. Wolfowitz la possibilité de quitter la scène de sa propre initiative, tout en se réservant le dernier mot.

Il y a toutefois "peu de chance" que le Conseil d'administration de la BM se réunisse à nouveau avant une rencontre des gouverneurs de l'institution prévue dimanche matin, a-t-on appris vendredi de source européenne.

Photo Belga

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