"L'incertitude économique s'est transformée en incertitude politique"

Raghuram Rajan ©Bloomberg

Le protectionnisme s'est imposé comme la deuxième menace au redressement économique, derrière les dettes publiques mais devant la régulation excessive des banques.

Davos (L'Echo/DeTijd) -  Dix et dix. Selon Raghuram Rajan, qui s'est exprimé ce matin lors des débats d'ouverture du forum économique mondial de Davos, ces chiffres synthétisent parfaitement la situation économique mondiale:10% de croissance économique en Chine et 10% de chômeurs aux Etats-Unis.

Ce professeur d'économie à Chicago a souligné le fait que l'édition 2009 de Davos avait été assombrie par l'incertitude économique. Cette année, a-t-il noté, c'est l'incertitude politique qui domine le tableau. Le plus fort de la crise est derrière nous mais plusieurs questions de nature politique demeurent ouvertes.

L'une de ces questions est liée à la tentation de revenir à un système plus protectionniste. Jacob Frenkel, ancien gouverneur de la banque centrale israélienne et aujourd'hui directeur de JP Morgan Chase International, a expliqué l'origine de cette crainte : " Nous n'avons plus de munitions : la politique monétaire n'a plus aucune latitude car les taux sont déjà au plus bas. La politique budgétaire ne peut pas davantage nous sauver car les déficits et dettes publics ont atteint le seuil critique. Le contexte est donc favorable à une intervention massive sur les marchés."

Rajan évoque par ailleurs le contexte politique particulier. Aux Etats-Unis cette année, la moitié du Congrès sera réélue. Au Royaume-Uni, des élections parlementaires seront organisées. La pression en faveur d'une action populiste, protectionniste, est donc réelle.
Cette crainte a d'ailleurs été confirmée mardi soir par les statistiques dévoilées à l'issue de l'enquête conduite par PriceWaterhouseCoopers auprès d'un peu moins de 1.200 CEO de 52 pays. Les hommes d'affaires chinois, surtout, craignent les mesures protectionnistes, notamment au niveau des exportations vers les États-Unis.

Un participant rétorqua à l'attention de Frenkel que le libre-échange ne débouche pas toujours sur une situation win-win et que les fruits qui en découlent ne sont pas toujours redistribués de manière équitable. Il suffit de constater la situation de Detroit pour s'en convaincre, poursuivait-il. Frenkel opina mais ajouta que la réaction à adopter était dans ce cas d'accompagner et soutenir les secteurs affectés, pas de fermer les frontières.

Dans le débat ayant pour thème " Back to the future: the next global crisis ", le protectionnisme s'est imposé comme la deuxième menace au redressement économique, derrière les dettes publiques mais devant la régulation excessive des banques.

 

Bart Haeck

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