La Chine, maîtresse de ses taux de change, repousse les pressions

Au fil de ses rendez-vous internationaux, la Chine ne laisse aucune ambiguïté sur le fait qu'elle entend rester maîtresse de sa polique de taux de change et refuse de sacrifier sa croissance pour faire plaisir à ses partenaires commerciaux.

(afp) - Derniers en date à essuyer une rebuffade, les Européens auxquels la Chine a répété lundi l'importance "cruciale d'un yuan stable", pour sa propre économie comme pour la relance mondiale, mettant implicitement l'accent sur le rôle de locomotive qu'elle joue depuis le début de la crise.

A l'occasion d'un sommet sino-européen à Nankin (est), le Premier ministre Wen Jiabao a aussi prié les partenaires commerciaux de la Chine de balayer devant leur porte. "Certains pays d'une part font pression pour que la Chine apprécie sa monnaie, de l'autre pratiquent un protectionnisme commercial" contre elle, a-t-il dénoncé.

"Ceci est injuste. Ces mesures sont des restrictions au développement de la Chine", a-t-il lancé.
Wen Jiabao n'a pas précisé de quelles mesures il s'agissait, mais Pékin s'irrite des enquêtes et mesures antidumping ou antisubventions visant ses industriels, notamment de la part des Etats-Unis et de l'Union européenne --qui en 2009 a lancé cinq nouvelles enquêtes antidumping sur des produits chinois.

Quinze jours plus tôt, à l'occasion de la visite en Chine du président Barack Obama, les Américains avaient eu droit à la même dénonciation du protectionnisme et de leurs pressions "injustes" pour une réévaluation du yuan, alors qu'eux-mêmes ont laissé plonger le billet vert "pour accroître leur compétitivité".

Les déclarations à Nankin de Wen Jiabao font suite à une mise en garde des responsables des finances de l'UE sur le niveau du yuan, susceptible, selon eux, d'entraîner une hausse du protectionnisme dans l'Europe des 27.

"Nous continuerons d'améliorer le mécanisme de taux de change et de maintenir la stabilité de base du renminbi à un niveau approprié", a répondu M. Wen lundi.

In fine, "la politique sur la monnaie est décidée à la maison", relevait dans une note récente sur le yuan Patrick Bennett analyste de la Société Générale à Hong Kong.

Après s'être apprécié de quelque 21% entre 2005 et 2008 face au dollar, le yuan marque le pas. Depuis l'été 2008, chevillé au billet vert, il en suit les accès de faiblesse vis-à-vis de l'euro, au grand dam des industriels européens.

Or, selon Wang Tao, économiste de UBS, "ce qui compte plus (que le taux yuan/dollar) est ce que l'on appelle le taux de change effectif", soit la valeur du yuan contre un panier de devises selon leur poids dans le commerce avec la Chine.
Les Européens sont pour leur part les principaux partenaires commerciaux de la Chine et s'estiment lésés, jugeant que le taux élevé de l'euro par rapport à la monnaie chinoise désavantage leurs exportations.

Mais la Chine n'entend pas handicaper plus ses industries exportatrices qui ont fortement souffert de la crise économique mondiale et ont fermé en masse --et licencié en masse-- à partir de l'automne 2008.

A coups d'investissements et d'incitations à la consommation, les autorités ont partiellement compensé la chute des exportations (-20,5% entre janvier et octobre) et l'économie chinoise devrait croître d'au moins 8% en 2009.

Pour beaucoup d'analystes, le réarrimage de facto du yuan au dollar devrait rester inchangé au moins jusqu'au deuxième trimestre 2010.
"Toute appréciation ensuite contre le dollar sera vraisemblablement modeste et graduelle", selon Morgan Stanley.

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