La récession sur le point de sauver le traité de Lisbonne?

Le référendum irlandais risque de se jouer sur des questions économiques.

Bruxelles L'Echo) - La crise n'a pas que des mauvais côtés. Elle pourrait même faire avancer la construction européenne. Les Irlandais appelés aujourd'hui à se prononcer une seconde fois sur le traité de Lisbonne, pourraient en effet aborder différemment le texte qu'ils avaient rejeté en juin 2008. Les derniers sondages donnent le oui gagnant à un peu plus de 50 % alors que 53,4 % des Irlandais avaient rejeté le texte lors du précédent référendum, en juin 2008. Non pas qu'ils aient été convaincus par les garanties arrachées par Dublin à ses partenaires européens sur le maintien d'un Commissaire européen irlandais ou en matière de neutralité militaire et de fiscalité. C'est plutôt la crainte de l'impact qu'aurait un «non» sur leur économie en crise qui pourrait pousser les Irlandais à ne pas prendre le risque de se griller auprès du reste de l'Europe en jouant à nouveau les empêcheurs de tourner en rond.

Pour le bien de l'économie

Conscient du rôle joué par la crise dans l'esprit de la population, le gouvernement qui est sur la sellette pour sa mauvaise gestion des finances publiques et son laisser-faire en matière de régulation bancaire -ce qui lui vaudra probablement un vote sanction de la part d'une partie des électeurs-, n'a d'ailleurs pas hésité à jouer la carte économique. Mercredi, le Premier ministre Brian Cowen déclarait encore qu'en votant «oui», les Irlandais aideraient «l'Irlande à rétablir son économie», enverraient «un signal puissant aux employeurs et aux investisseurs». Même s'il a déclaré qu'il ne démissionnerait pas en cas de victoire du «non», Cowen joue gros alors que deux autres grands défis se posent à lui: un budget 2010 tout en austérité et la mise sur pieds de l'agence gouvernementale appelée à racheter les créances douteuses des banques irlandaises, la Nama. Heureusement pour lui, la plupart des partis soutiennent le «oui», même dans l'opposition, à l'exception du Sinn Féin et du Parti socialiste, deux formations relativement marginales dans le paysage politique irlandais.

C'est que sans avoir clairement fait peser de menaces sur le pays, plusieurs entreprises étrangères ont fait état de leurs inquiétudes. «Certaines entreprises étrangères ont laissé entendre qu'elles reconsidéreraient leurs investissements en Irlande», constate en effet Peadar ó Broin, expert des questions européennes à l'Institut des Affaires internationales et européennes de Dublin. Il estime d'ailleurs que le vote d'aujourd'hui sera «fondé sur la peur». La peur de se trouver aux bancs de l'Europe alors que l'Irlande est en pleine récession. Le camp du «non», moins visible qu'en 2008, joue sur cette crainte économique, lui aussi, en annonçant l'afflux massif d'immigrants turcs en cas de «oui» ou l'abaissement du salaire minimum.

La peur du vide

Globalement les Irlandais estiment toutefois que leur appartenance à l'UE, et en particulier à la zone euro, s'est avérée bénéfique en cette période de crise. «Si l'Irlande n'avait pas fait partie de l'union monétaire, nous aurions eu un scénario à l'islandaise», estime ainsi Philip Lane, directeur du département économique du Trinity Collège. «Qui nous dit que si l'Irlande rejette le traité, la Banque centrale européenne (BCE) continuera à injecter des liquidités dans notre secteur bancaire», renchérit John FitzGerald, économiste au sein de l'Institut irlandais de recherche économique et sociale et auteur d'un rapport sur les implications de l'union économique et monétaire pour l'économie irlandaise sur lequel le gouvernement irlandais s'était basé pour lancer la procédure d'adhésion de l'Irlande à l'euro.

Mobilisation maximale

Le monde des affaires qui soutenait déjà le traité de Lisbonne en 2008, mais n'avait pas fait campagne en pensant que le «oui» l'emporterait, a appris la leçon. Michael O'Leary, le patron de la compagnie low cost Ryanair, a par exemple mis 500 000 euros dans la campagne pour le oui.

Plusieurs grosses pointures de l'Europe sont également venues faire campagne en Irlande alors qu'un «non» irlandais sera utilisé par la Pologne et la République tchèque pour finir de saborder le processus de ratification. Le mois dernier, José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, est ainsi venu très opportunément annoncer l'octroi de 14,8 millions d'euros du Fonds européen d'ajustement à la mondialisation aux 2 000 travailleurs licenciés de Dell et aux 800 travailleurs licenciés par ses sous-traitants suite à l'annonce, par l'entreprise américaine, de la délocalisation partielle de ses activités de son site de Limerick à Lodz, en Pologne.

Catherine Mommaerts

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