Malgré l'inflexion du G7 sur les changes, intervention peu probable

WASHINGTON 12/04 (AFP) - Les grands argentiers des pays les plus industrialisés ont beau avoir changé de ton sur les mouvements de "certaines grandes devises", allusion à la chute du dollar face à l'euro, les économistes jugent une intervention sur le marché des changes peu probable.

Dans leur déclaration finale, vendredi soir à Washington, les ministres des Finances et les gouverneurs de banque centrale du G7 se sont dit "préoccupés" par les "fortes fluctuations des principales monnaies" des derniers mois et par leur possible impact sur l'économie.
"C'est ce qu'il y a de plus nouveau" dans la déclaration, estime Nicolas Bouzou, économiste chez le cabinet de conseil Astérès. "On a l'impression qu'ils haussent un peu la voix par rapport à la sous-évaluation du dollar."

L'euro s'est très fortement apprécié face au dollar depuis février, montant à de nouveaux records cette semaine à plus de 1,59 dollar.
C'est la première fois que le G7 modifie sa rhétorique habituelle sur les changes "depuis la réunion de Boca Raton (Floride) en février 2004", a insisté la ministre française de l'Economie Christine Lagarde.

Le directeur du Trésor français Xavier Musca a parlé d'une "mise en garde" à destination des spéculateurs.
Une source proche d'une délégation européenne au G7 Finances a relevé que le mot "préoccupé" n'avait pas été utilisé depuis 2000, "juste après une intervention" coordonnée sur le marché des changes.

Selon cette source, les grands argentiers et banquiers centraux réunis vendredi à Washington ont donc voulu agiter la menace d'une intervention.

Les Américains voyaient jusqu'ici dans l'affaiblissement de leur monnaie un atout pour leur commerce extérieur et une manière de résorber le déficit abyssal de leurs comptes courants.

Le fait qu'ils aient accepté une modification du langage habituel et une allusion, même tacite, pourrait traduire, selon cette même source, la peur d'une vente massive de titres libellés en dollars si l'affaiblissement du billet vert devait se poursuivre.

Pour autant, "on est encore à des années lumières d'une intervention", juge Nicolas Bouzou, qui estime pour sa part que "les Etats-Unis n'ont pas envie de voir le dollar remonter".

Selon lui, ils sont moins inquiets qu'il y a quelques semaines, au moment du sauvetage de Bear Stearns. Le fait que "cette affaire ait été bien menée redonne confiance aux marchés. La Réserve fédérale a montré qu'elle ne laisserait aucune grande banque faire faillite".

Nombre d'analystes, à l'image de Patrick Arthus, économiste en chef de la banque Natixis, estime que le pire de la crise est désormais passé, au moins du point de vue du système bancaire.

A propos du catalogue de mesures que les grands argentiers du G7 ont listé dans leur déclaration finale pour réformer le fonctionnement des acteurs financiers, M. Bouzou a jugé que "le G7 est toujours en retard d'une crise".

"Les banques font ce qu'elles peuvent pour dévoiler leurs pertes, et quand elles ne le font pas, c'est qu'elles sont confrontées à des actifs pour lesquels il n'y a plus de marché", a-t-il fait valoir.

Même chose pour les agences de notation: "ça fait plus de dix ans, depuis la crise asiatique de 1997, qu'on parle" de différencier les échelles de notation selon les produits ou qu'on leur reproche de ne pas avoir vu la crise venir.

"Mais le G7 lui-même admet" dans son communiqué final "avoir minimisé l'ampleur de la crise" jusqu'à récemment, conclut M. Bouzou.

Pour Peter Morici, professeur d'économie à l'université du Maryland, l'important sera maintenant la mise en oeuvre des réformes, et aussi la mise en place d'une régulation plus stricte des banques d'investissement, qui étaient assujetties jusqu'ici à très peu de contraintes réglementaires.

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