Paul Wolfowitz dans l'oeil du cyclone à la Banque mondiale (Update)

Les pays membres de la Banque mondiale ont ouvert à Washington leur assemblée semestrielle dans un climat de division sur le sort à réserver au président de l'institution.

(afp) Les pays membres de la Banque mondiale ont ouvert dimanche à Washington leur assemblée semestrielle dans un climat de division sur le sort à réserver au président de l'institution Paul Wolfowitz, empêtré dans un affaire de népotisme.

L'ancien numéro deux du Pentagone doit tenir une conférence de presse vers 21h, qui lui fournira l'occasion de s'exprimer publiquement sur cette embarrassante affaire pour la première fois depuis qu'il a offert ses "excuses" jeudi.

Il est critiqué pour avoir, peu après son arrivée en 2005, octroyé d'autorité une spectaculaire augmentation de salaire à sa compagne, employée par la Banque mondiale et qui avait été détachée au département d'Etat.

Le conseil d'administration de l'institution a promis de trancher "rapidement". Mais les pays adhérents de la Banque mondiale restent divisés, alors que l'intéressé ne semble pas prêt jusqu'ici à jeter l'éponge.

Il jouit notamment du soutien de la Maison Blanche, qui l'avait nommé à ce poste il y a deux ans, de pays africains, satisfaits de la priorité qu'a accordée Paul Wolfowitz au continent noir depuis son entrée en fonction, et du Japon.

Le ministre des Finances Koji Omi a "une haute considération" de M. Wolfowitz, ont indiqué à Washington des sources gouvernementales japonaises.

Les pays européens, qui n'avaient déjà pas apprécié la nomination en 2005 de l'artisan de la guerre en Irak, sont de leur côté passés à l'offensive ce week-end.

"Nous devons tous répondre aux critères de bonne gouvernance et plus encore les institutions qui demandent ce genre d'efforts à d'autres pays", a déclaré dimanche le ministre espagnol de l'Economie Pedro Solbes.

Cette affaire "a porté atteinte à la banque (et) n'aurait pas dû se produire", a estimé pour sa part le ministre britannique au Développement.

En écho, son homologue allemande Heidemarie Wieczorek-Zeul a estimé qu'il appartenait à l'ancien numéro deux du Pentagone de "décider lui-même si, au vu de cette erreur, il peut remplir sa mission de manière crédible". Et le ministre français des Finances Thierry Breton a souligné la nécessité pour la banque chargée d'aider les pays pauvres, d'être éthiquement "irréprochable".

Gênante pour l'administration Bush, cette polémique survient à un moment où M. Wolfowitz est déjà affaibli en raison des résistances que sa politique anti-corruption suscite.

Retoquée lors de la précédente assemblée semestrielle de la Banque, en septembre à Singapour, sa stratégie en la matière n'a finalement été approuvé que du bout des lèvres par le conseil il y a quelques semaines, et apparemment, après avoir été substantiellement amendée.

La crise ouverte cette semaine au sommet de la Banque fait ressurgir d'autres aspects controversés de la gestion du président, notamment le rôle prépondérant d'un petit groupe de conseillers venus de l'extérieur.

Ce week-end, le Washington Post a également mis en cause les conditions dans lesquelles l'architecte de la guerre en Irak avait négocié son contrat d'embauche à la Banque.

Selon le quotidien américain, M. Wolfowitz a demandé à ajouter une douzaine d'amendements au contrat type qui lui était proposé, dont certains prévoyant des émoluments supplémentaires pour les livres qu'il écrirait et les discours qu'il prononcerait, et un salaire aligné sur celui de son homologue du FMI, traditionnellement supérieur.

Le président de l'institution a déclenché samedi soir une riposte envoyant aux employés de la Banque un message électronique assorti de pièces destinées à fortifier sa ligne de défense, à savoir qu'il a agi de bonne foi.

Photo Belga

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