Paul Wolfowitz durablement affaibli à la tête de la Banque mondiale

L'ancien artisan de la guerre en Irak, encore soutenu par l'administration Bush, aura en effet du mal à rester crédible pour mener à bien la mission qu'il s'est fixée pour son mandat.

(afp) La controverse autour de Paul Wolfowitz a largement occulté les réunions financières de printemps à Washington ce week-end et risque de laisser le président de la Banque mondiale durablement affaibli s'il parvient à se maintenir en poste.

L'ancien artisan de la guerre en Irak, encore soutenu par l'administration Bush, aura en effet du mal à rester crédible pour mener à bien la mission qu'il s'est fixée pour son mandat: une croisade contre la corruption et pour la "bonne gouvernance" dans les pays pauvres.

Les pays européens, qui avaient peu goûté la nomination en 2005 de l'ex-numéro deux du Pentagone à la tête de l'institution d'aide au développement, ont sonné la charge ce week-end.

Le scandale a "porté atteinte" à l'institution chargée d'aider les pays pauvres "et n'aurait jamais dû se produire", a estimé le ministre britannique au Développement Hilary Benn.

Il appartient à M. Wolfowitz de "décider lui-même si, au vu de cette erreur, il peut remplir sa mission de manière crédible", lui a fait écho son homologue allemande Heidemarie Wieczorek-Zeul, tandis que le ministre français des Finances Thierry Breton soulignait la nécessité pour la banque d'être éthiquement "irréprochable".

En cause: une spectaculaire augmentation de salaire octroyée d'autorité par M. Wolfowitz en 2005 à sa compagne, employée par la banque, sans l'aval des administrateurs de l'institution.

Paul Wolfowitz a présenté ses "excuses" mais l'affaire n'est pas close. Le conseil d'administration de l'institution a prévu de trancher "rapidement", alors que s'ouvre dimanche l'assemblée de printemps de la Banque mondiale.

Cette polémique a relégué au second plan le programme officiel des réunions de Washington.

Lors de sa propre assemblée samedi, le Fonds monétaire international (FMI), institution soeur de la Banque mondiale, n'a guère pu faire progresser son chantier de réforme interne, du fait de divergences entre pays membres.

Cette réforme vise à donner plus de poids en son sein aux pays émergents et à trouver de nouvelles missions à cette institution en quête de légitimité, avec un renforcement de son rôle notamment sur les questions de change.

En attendant des progrès sur ce front, le FMI et les ministres des Finances du G7 ont pu se féliciter de la bonne santé de l'économie mondiale "qui connaît sa période d'expansion la plus vigoureuse depuis plus de trente ans".

Ils redoutent toutefois un regain de protectionnisme en cas d'échec des négociations à l'OMC sur la libéralisation du commerce mondial et ont appelé à trouver très vite un accord.

Malgré l'envolée de l'euro face au dollar et au yen, pénalisante pour les exportateurs européens, le G7 est resté en retrait sur les questions de change.

Il s'est borné, comme lors des précédentes réunions, à répéter que la "volatilité excessive" sur les marchés des change était "indésirable", à espérer que le yen remonte avec la reprise économique au Japon et à inviter sans trop y croire la Chine à laisser sa monnaie s'apprécier.

La Chine, dont les relations commerciales avec les Etats-Unis se sont récemment tendues et qui n'a envoyé aux réunions de Washington qu'un représentant de second rang, a promis de faire des efforts pour réduire son gigantesque excédent commercial et de rendre "progressivement" plus flexible son régime de change.

"Le communiqué du G7 contient peu d'éléments susceptibles d'enrayer les tendances actuelles sur les marchés des changes", estime Drossos Morgan, économiste de la banque Morgan Stanley. L'euro risque en conséquence prochainement dépasser son record historique face au dollar, à 1,366 USD.

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