Réveil de la croissance allemande, mais pour combien de temps?

La croissance s'est renforcée au deuxième trimestre en Allemagne atteignant un niveau record depuis cinq ans grâce au soutien, une fois n'est pas coutume, de la demande intérieure, mais les économistes doutent qu'elle maintienne ce rythme très longtemps.

(afp) Le Produit intérieur brut (PIB) a augmenté de 0,9% comparé au premier trimestre, selon une première estimation, corrigée des variations saisonnières et calendaires, publiée lundi par l'Office fédéral des statistiques (Destatis). Il faut remonter à début 2001 pour retrouver un tel niveau. Destatis a aussi revu en hausse, de 0,3 point chacune, les progressions du premier trimestre (désormais +0,7%) et du quatrième trimestre 2005 (+0,3%). C'est "presque trop beau pour être vrai", commente Holger Schmieding, économiste à la Bank of America. Signe encourageant, la demande intérieure prend progressivement le relais du moteur traditionnel de croissance, les exportations. "Les impulsions de croissance au deuxième trimestre sont venues essentiellement de l'intérieur", selon Destatis qui cite "les investissements dans le bâtiment et les équipements".

"L'Allemagne profite de deux développements structurels majeurs: l'amélioration du marché du travail après de récentes réformes (le chômage est en recul constant depuis le mois de mars NDLR) et la fin de onze ans de déprime dans le bâtiment", note aussi Holger Schmieding. L'activité du BTP a en outre profité au deuxième trimestre de la fin d'un hiver très long et rigoureux. "Le blocage conjoncturel des dernières années est définitivement dénoué", s'est félicité le ministre de l'Economie Michael Glos (conservateur) dans un communiqué. Un porte-parole de son ministère n'a pas voulu faire de commentaire sur un éventuel relèvement de la prévision annuelle de croissance de 1,6 pc. Mais le ministre des Finances Peer Steinbrück avait déjà estimé en juin qu'elle serait dépassée. Certains économistes tablent désormais sur 2 pc, du jamais-vu depuis 2000 et le boom des nouvelles technologies.

L'euphorie pourrait portant vite retomber. De récentes statistiques industrielles décevantes et un deuxième recul mensuel consécutif des commandes en juin font que certains économistes prévoient un ralentissement de la croissance. "Le rebond de la construction dû à la météo au deuxième trimestre ne se répétera pas au troisième. Les ventes de détail pourraient aussi reculer après un effet Mondial en mai et en juin", prévient Holger Schmieding. Il attend une croissance plus modérée au troisième trimestre, puis un pic en fin d'année quand les consommateurs anticiperont leurs dépenses avant une hausse de 3 points de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Cette TVA "menace de ravir les forces de la consommation", déplore Martin Wansleben, président de la Fédération des chambres de commerce (DIHK). "Ajouté aux incertitudes autour des réformes de la taxation des entreprises et de l'assurance-maladie, cela pourrait freiner la dynamique de l'investissement", poursuit-il. Pour Holger Schmieding, "la solidité de la reprise va dépendre dans une ampleur significative de Berlin. Si la chancelière Angela Merkel saisit l'opportunité offerte par la baisse du chômage et l'augmentation des recettes fiscales pour faire de nouvelles réformes, l'Allemagne devrait bien se comporter dans les prochaines années. Malheureusement, le risque est élevé que la grande coalition à Berlin se contente de peu".

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