Trichet annonce de nouvelles hausses de taux si la reprise continue

De nouvelles hausses de taux directeurs seront nécessaires en zone euro si la reprise économique continue, a déclaré jeudi le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet. La BCE a annoncé un peu auparavant une remontée d'un quart de point de son principal taux directeur à 3%, visant à combattre des risques de surchauffe inflationniste liés notamment à la flambée des prix du pétrole. Une décision soutenue à une "écrasante majorité" par le conseil des gouverneurs.

Même après ce nouveau resserrement des conditions du crédit, le quatrième depuis décembre, "la politique monétaire reste accommodante", a indiqué le Français lors d'une conférence de presse. Le conseil des gouverneurs va continuer à "surveiller de très près" les risques de dérapage des prix, a-t-il prévenu. Si la reprise économique se poursuit, il sera "nécessaire de réduire progressivement le caractère accommodant de la politique monétaire", a-t-il indiqué, laissant présager de nouvelles hausses de taux dans les mois à venir.

Mais il s'est bien gardé d'en dire plus sur les échéances. Depuis décembre, la BCE avait augmenté ses taux tous les trois mois, mais le relèvement de jeudi marque une accélération de la cadence, puisque le dernier geste remonte à deux mois seulement. La majorité des économistes pensent qu'elle va désormais adopter un rythme bimestriel, en relevant d'un quart de point son principal taux en octobre, puis en décembre pour le porter à 3,50%. "Nos décisions ne sont pas prédéterminées (...) Il n'y a pas de rythme de deux mois, ou de rythme de trois mois", a répliqué M. Trichet. Elles "dépendent des faits, des chiffres et des évènements", a-t-il insisté.

"Nous vivons dans un univers où les incertitudes sont inévitables", a fait valoir le Français. Les troubles géopolitiques actuels au Proche-Orient représentent potentiellement des risques pour la croissance mondiale, même si cela ne s'est pas matérialisé pour le moment, a-t-il estimé. La situation reste tendue sur le front de l'inflation, a rappelé le banquier central. Les projections actuelles de la BCE anticipent une progression des prix à la consommation en 2006 et en 2007 au-dessus de son objectif de moyen terme d'une inflation proche mais en-dessous de 2%. En juillet, l'inflation en glissement annuel est restée stable à 2,5% comme en juin, selon des chiffres publiés lundi par Eurostat. "Des risques à la hausse continuent de peser sur les perspectives d'évolution des prix", a réaffirmé M. Trichet, pointant du doigt d'éventuelles nouvelles hausses des prix du pétrole, un nouveau relèvement des prix administrés et de la fiscalité indirecte et, "plus fondamentalement une progression des salaires et des prix plus importante que prévu".

Parallèlement, la situation continue à s'améliorer sur le front de la croissance, a-t-il ajouté. La croissance repose sur "une demande intérieure plus forte", a estimé M. Trichet. "A plus long terme, les conditions demeurent réunies pour que la croissance économique se poursuive à des taux proches de son potentiel", a-t-il ajouté. Le potentiel de croissance est évalué autour de 2%. M. Trichet a souligné qu'il se situait à la moitié du potentiel des Etats-Unis et de la zone euro "reconstituée" des années 1980. "C'est pourquoi nous appelons à des réformes structurelles" de l'économie des douze pays de la zone euro, conditions sine qua non selon lui pour augmenter ce potentiel de croissance.

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