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Krugman: "Il faut une inflation à 4% en zone euro"

L’économiste américain veut une inflation de 4% pour la zone euro, pour relancer l’économie et restaurer la compétitivité des pays du sud. Il dénonce les politiques d’austérité mises en place.

Il faut changer la politique européenne. Tel est le message de Paul Krugman, Prix Nobel d’Economie en 2008, lors de son discours tenu jeudi soir au New Insights in Business and Finance 2012, organisé par le Tijd, L’Echo, Petercam et Ernst & Young. L’économiste américain a dénoncé les politiques d’austérité adoptées dans les différents pays européens , en rappelant que le taux record du chômage chez les jeunes dans les régions en difficulté est difficilement compatible avec une pression à la baisse sur les salaires. "Si l’on avait encore les devises nationales, on aurait dévalué celles-ci. Mais ce n’est pas possible. La seule voie est la dévaluation interne, mais celle-ci est très difficile à atteindre car personne n’est aussi flexible" souligne-t-il.

Il voit deux solutions à la crise de la zone euro. La première repose sur une sortie d’un pays en difficulté de la région. "Ce serait un cauchemar. Aucun premier ministre ne souhaite ça, car il se verrait jeter dehors une fois que la sortie serait effectuée. Nous avons déjà connu un tel exemple avec l’Argentine en 2002. Le pays, après un an de désastres, a fini par se redresser de manière spectaculaire. Mais la Grèce ne peut compter que sur son secteur du tourisme pour se relancer. Dans un pays à feu et à sang, peu de gens voudront s’y rendre" relève-t-il. "L’autre solution serait de changer complètement la politique européenne. Pour la Grèce, c’est trop tard, mais pour l’Espagne, il est possible de rattraper la situation.

En adoptant une discipline raisonable et en acceptant une inflation modérée pour la zone euro, ce serait la voie de sortie" souligne-t-il. Il insiste sur la collaboration de l’Allemagne. "On a vu que les positions du pays sur la question sont en train d’infléchir, suite aux récentes discussions" précise-t-il. Selon l’économiste, l’Allemagne doit accepter une inflation à 4,5% pour 4% dans la zone euro dans son ensemble. C’est la seule manière selon lui de restaurer la compétitivité des pays de la périphérie, perdue depuis la création de l’euro il y a dix ans.

Trois questions à Elio Di Rupo

 

1/ Pourquoi avez-vous tenu à rencontrer Paul Krugman?

Avec Stiglitz, il est l'un des deux prix Nobel d'économie qui a le mieux anticipé les malheurs financiers qui allaient nous arriver. Dans les mécanismes qu'il décrit, je retiens deux choses: les marchés financiers ne peuvent pas être laissés à eux-mêmes; il faut trouver des moyens de soutenir une forme de croissance économique. En plus, c'est un homme qui est très apprécié des jeunes instruits, un homme qui prend position, qui ose y aller franchement.

2/ De quoi avez-vous parlé avec lui?

Nous avons beaucoup parlé de la Grèce. On a forcé M. Papandreou à quitter le pouvoir, il y a eu des élections. Et aujourd'hui, on a le sentiment que l'avenir de la Grèce, sur le plan politique, est très incertain. Dans cette incertitude, tout peut se produire, même des choses irréfléchies...

Cette incertitude sur tout concerne les Grecs, évidemment, mais aussi tous les Européens. Quand la crise grecque a commencé, l'idéal eût été d'aider la Grèce. En faisant cela, nous nous serions aidés nous-mêmes. Nous aurions aidé les banques allemandes, françaises et autres, banques dans lesquelles nous avons dû intervenir directement. Une partie de l'opinion publique européenne a cependant cru qu'on aidait la Grèce à fonds perdus. Aujourd'hui, nous sommes dans une situation incontrôlée, beaucoup plus grave qu'il y a un an ou deux.

3/ Paul Krugman vous a-t-il donné des pistes pour mener une politique de relance sans avoir beaucoup de moyens financiers?

Non, il ne m'a pas expliqué comment faire. Mais quand on dit "il n'y a pas beaucoup d'argent", ce n'est pas si simple que cela. Tout est toujours possible si on le veut.

J'ai toujours tenu un discours de rigueur. Déjà quand j'étais vice-Premier ministre de Jean-Luc Dehaene, nous avions considérablement réduit la dette belge. Mais en même temps, il faut de la relance. Quand un Prix Nobel d'économie le dit, c'est quand même plus sérieux que quand c'est un Premier ministre, diplômé en chimie...

Ses propos m'encouragent pour les prochaines discussions belgo-belges et européennes. Entre mon premier sommet en décembre et aujourd'hui, l'idée qu'on ne peut pas rester uniquement avec la dimension budgétaire a quand même bien évolué.

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