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Menace sur la note de la dette belge

Comme l'avait fait S&P en décembre, l'agence de notation Fitch a révisé lundi la perspective de la Belgique de stable à négative. Ce mardi, le taux d'intérêt des obligations gouvernementales belges à dix ans s'est tendu de 3 points de base. Au vu des "hargneux différends" sur la forme future de l'Etat, le risque politique est plus élevé en Belgique que dans les autres pays de la zone euro, selon Fitch. Et l'agence de notation d'émettre des doutes sur le budget 2011. Le ministre des Finances, Didier Reynders, est lui convaincu que le budget 2011 se clôturera sur des résultats meilleurs que prévus.

La vacuité du pouvoir en Belgique reste préoccupante. C’est ce qu’a rappelé Fitch Ratings lundi, en donnant une perspective négative à la note de la dette publique belge. Cette menace signifie que l’agence de notation pourrait dégrader le "rating" attribué à l’État belge dans les douze à dix-huit mois. Une dégradation de la note de l’État fédéral conduirait les investisseurs à exiger des taux d’intérêt plus élevés lorsque le gouvernement emprunte de l’argent sur le marché, ce qui coûterait donc plus cher au contribuable.

Ce mardi, le taux d'intérêt des obligations gouvernementales belges de référence, les Olo (obligations linéaires) à dix ans, s'est tendu de trois points de base (0,03%), à 4,24%, contre 4,21% lundi. Les spécialistes du marché obligataire estiment que la crise politique "coûte" au moins 30 points de base (0,30%) à l'Etat belge, obligé d'emprunter à un taux plus élevé qu'auparavant sur le marché. L'écart (ou "spread") entre le taux belge et le taux du Bund allemand, référence des marchés en raison de la stabilité financière de l'Allemagne, a très légèrement augmenté mardi matin, atteignant 94 points de base (0,94%), contre 93 points de base lundi soir. Ce mardi, le taux d'intérêt du Bund à dix ans s'élève à 3,30%.

Lundi, malgré l'avertissement de Fitch, l’Agence de la dette avait pu lever 3,4 milliards d’euros dans de bonnes conditions, car la menace de l'agence de notation n’avait été annoncée qu’en début de soirée. Les marchés restent toutefois très tendus, d’autant qu’avant la Belgique, c’est l’Italie qui a fait l’objet d’une remontrance d’une agence de notation. Dans la foulée, la Bourse de Milan a subi son revers le plus net depuis trois mois. Les autres marchés boursiers européens ont également dévissé, plombés par les craintes d’un ralentissement économique mondial et d’une restructuration de la dette de la Grèce. Ce risque a conduit Standard & Poor’s à envisager un abaissement de la note de Dexia, à cause de son exposition à la dette grecque. La crise souveraine pèse aussi sur l’euro.

Concrètement, l'agence de notation Fitch Ratings s'est inquiétée lundi de la persistance de la crise institutionnelle en Belgique, ce qui la conduit à abaisser de "stable" à "négative" la perspective de la note du pays.
La dette à long terme du royaume est actuellement notée "AA+", soit la deuxième note possible dans la classification de Fitch.
La décision de l'agence implique qu'un abaissement de la note du pays est susceptible d'intervenir à moyen terme.
"La perspective négative reflète les préoccupations de Fitch devant le rythme des réformes structurelles dans les années à venir et la capacité (du pays) à accélérer sa consolidation budgétaire tant que la crise institutionnelle n'aura pas été résolue", a expliqué Douglas Renwick, le responsable des notes souveraines chez Fitch, cité dans un communiqué.


Pour l'agence, sans un accord politique sur la réforme institutionnelle, il sera difficile d'arriver à des comptes publics à l'équilibre. Il faudrait en effet pour ce faire dégager des excédents au niveau des collectivités ou mener une réforme "significative" de la Sécurité sociale, ce qui lui semble peu probable au vu des contentieux entre les communautés linguistiques.


Fitch note toutefois qu'en dépit de l'absence d'un gouvernement la gestion budgétaire au quotidien a été "solide". L'administration intérimaire possède des pouvoirs en la matière non négligeables et Fitch estime que le pays devrait pouvoir tenir son objectif de réduction du déficit à 3,6% du produit intérieur brut cette année, contre 4,1% du PIB l'année précédente.


Mi-décembre, Standard and Poor's (S&P), très écoutée sur les marchés financiers, avait tiré un coup de semonce envers les partis politiques belges qui tentaient, depuis déjà six mois à l'époque, de former un gouvernement.
Elle avait abaissé la perspective de sa note à "négative" et expliqué que si la crise politique perdurait, elle pourrait dégrader cette note, "potentiellement dans les six mois", ce qui aurait d'importantes répercussions sur les coûts auxquels le pays se refinance sur les marchés financiers.
L'agence craignait en effet qu'en l'absence d'un gouvernement de plein exercice, la Belgique ne soit pas capable de prendre les mesures nécessaires pour réduire sa dette, qui avoisine 100% de son Produit intérieur brut (PIB).
Chargé d'une énième mission d'exploration par le roi Albert II, Elio Di Rupo (PS), a appelé le 17 mai les huit autres partis engagés dans ces interminables tractations à "oser un compromis" tant sur le volet socio-économique que sur l'institutionnel.
M. Di Rupo a reconnu cependant que les positions étaient encore "très éloignées", notamment qu'il lui faudrait convaincre le principal parti du royaume, les indépendantistes de la Nouvelle alliance flamande (N-VA), vainqueur des élections côté néerlandophone et qui n'a jusqu'ici pas démontré sa capacité à faire des concessions.

Le ministre des Finances, Didier Reynders, est lui convaincu que le budget 2011 se clôturera sur des résultats meilleurs que prévus, comme ce fut le cas en 2010. "Notre budget 2011 est en effet basé sur des estimations très prudentes notamment en matière de recettes. De plus, nous n'avons par exemple pas intégré une éventuelle contribution plus élevée des producteurs d'électricité en compensation de la rente nucléaire", a indiqué le ministre lundi soir à l'agence Belga. Didier Reynders ajoute qu'il faudra attendre la fin de l'année pour connaître le résultat définitif du budget 2011 mais il se veut optimiste. "Je suis convaincu qu'à la fin 2011 les résultats budgétaires seront meilleurs que ceux annoncés comme ce fut le cas en 2010".

"Il ne faut pas exagérer", commente sur de son côté l'économiste Geert Noels pour qui la décision de Fitch ne doit pas conduire à la panique. "C'est un peu toujours la même chose. Standard & Poor's avait déjà pris la même décision en décembre", souligne-t-il à Belga. "Mais cela signifie toutefois qu'il est temps que quelque chose se passe en Belgique", nuance-t-il dans la foulée.

 

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