Vers un "impôt de crise" de 10% sur notre épargne?

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Le FMI envisage un "impôt de crise" de 10% sur l'épargne privée en Europe. Cela permettrait, pense-t-il, de ramener l’endettement à son niveau d’avant-crise.

Le contexte budgétaire européen étant ce qu’il est, c’est-à-dire très mauvais, les idées pour renflouer les caisses des États désargentés ne manquent pas. Comme celle, plutôt surprenante, que vient discrètement de glisser le FMI dans son "Moniteur des finances publiques", un rapport publié deux fois par an par l’institution internationale. Au détour d’un petit encadré, caché en fin de rapport, le Fonds évoque en quelques lignes le principe d’une taxe exceptionnelle sur la richesse privée.

L’idée est simpliste: "Les taux de taxation nécessaires pour ramener les ratios de dettes (par rapport au PIB) à leur niveau de la fin 2007 nécessiteraient une imposition d’environ 10% sur tous les ménages disposant d’une épargne nette positive". Ces calculs, précisent le FMI ont été faits pour 15 pays de la zone euro.

Ponctionner l’argent qui dort

Ce faisant, le FMI a sans doute exprimé tout haut ce à quoi réfléchissent plusieurs gouvernements: plutôt que d’alourdir la fiscalité des entreprises ou de plomber encore un peu plus les revenus du travail, pourquoi ne pas aller ponctionner l’argent qui dort?

Il faut dire qu’il y a de quoi faire. En Belgique, le patrimoine global des Belges n’a jamais été aussi élevé. À la fin du premier trimestre 2013, les actifs financiers des particuliers atteignaient 1.045,4 milliards d’euros. En y ajoutant les actifs immobiliers et en décomptant l’endettement, le patrimoine net de l’ensemble des Belges s’élève désormais à 1.916,1 milliards d’euros, soit 401.600 euros par ménage, un record absolu.

Cela justifie-t-il de mettre les épargnants à contribution? "C’est un jeu très dangereux que joue le FMI", s’énerve Michel Maus, avocat-fiscaliste. "Je voudrais juste rappeler que toutes les grandes révolutions ont une origine fiscale. Même la Révolution française. Si, un jour, le FMI se met à prôner ouvertement ce genre de recette, il y aura une révolution sociale".

"Dangereux", le mot revient aussi souvent dans la bouche de Peter Vanden Houte, chief economist d’ING. "Je préfère croire qu’il s’agit davantage d’un exercice théorique voire d’un ballon d’essai. Le FMI cherche des solutions à l’endettement des États mais la solution qu’il évoque est à la fois extrême, improbable et dangereuse parce qu’elle risquerait d’avoir un effet très négatif sur la confiance à long terme des ménages".

Pour Peter Vanden Houte, il faut arrêter de tirer sur les épargnants. "Le précompte a déjà sensiblement augmenté et les revenus réels des épargnants ont été négatifs au cours des dernières années. En fait, dit-il, ils subsidient déjà largement les États…".

Une idée qui a ses vertus

Pour Ivan Van de Cloot, économiste à l’Itinera Institute, cette idée n’est ni réaliste, ni équitable et encore moins souhaitable. "Je crois que le FMI veut surtout montrer qu’il y a suffisamment de patrimoine disponible pour régler le problème de l’endettement. Mais cette dette, ces montagnes de dettes, ce n’est pas aux épargnants de la payer, c’est à tous ceux qui ont alimenté la bulle. C’est aux financiers qui ont fait gonfler cette bulle de subir les pertes".

Il n’y a qu’aux yeux d’Etienne de Callatay que cette idée trouve quelques vertus. "A première vue, on peut trouver cette proposition perturbante, voire choquante et scandaleuse. Mais il s’agit d’une alternative à d’autres mesures préconisées pour sortir de la crise, comme le recours à l’inflation. L’inflation est aussi une taxe sur le patrimoine, mais une taxe qui ne dit pas son nom et qui ne touche qu’une partie du patrimoine. Il est donc préférable d’oser le débat sur la taxation plutôt que de faire la même chose, de manière moins transparente et en moins bien." C’est certain, le débat n’est pas clos.

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