Certificats verts: un demi-milliard facturé aux clients wallons

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D’après une étude de Jean-Pierre Hansen, ex-patron d’Electrabel, les électriciens ont dû facturer aux clients wallons 514 millions d’euros de certificats verts en 2013. L’ardoise grimpera à 1,1 milliard en 2020.

Et voilà une nouvelle analyse des chiffres qui donne une idée de la réalité du système des certificats verts (CV) en Wallonie et de leur impact sur la facture des ménages. Elle risque de susciter encore des critiques à l’égard de la politique énergétique des autorités wallonnes. En effet, sur base des documents qu’il a soigneusement étudiés, Jean-Pierre Hansen est arrivé à la conclusion que les différents intervenants dans le circuit de production et de fourniture d’électricité ont facturé un total de 514 millions d’euros de certificats verts aux consommateurs wallons. Pour arriver à ce chiffre, il part des données de la Commission wallonne pour l’énergie (Cwape), laquelle a émis 6,6 millions de CV en 2013. Les fournisseurs d’électricité ont l’obligation d’en acheter un certain nombre pour justifier la part de courant d’origine renouvelable dans leur livraison. L’an dernier, ils auraient acheté un total de 3,5 millions de certificats verts à 65 euros le CV, qu’ils ont ensuite refacturés aux clients, soit un total de 267 millions d’euros.

1,1 milliard d’euros en 2020

Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, Elia, est également tenu de racheter une partie des CV non repris par les fournisseurs. Il en a acquis 2,8 millions pour un total de 182 millions d’euros, un montant auquel il faut rajouter une enveloppe de 65 millions d’euros (cotisation spéciale pour soutenir l’éolien offshore). Au total, c’est un montant de 247 millions d’euros que l’entreprise Elia a refacturé aux clients, tant les petits (ménages) que les gros consommateurs (entreprises).

Le reste des certificats en surplus (300.000 CV) sera versé dans un pot qui sera transféré à l’intercommunale liégeoise, Ecetia, choisie par le gouvernement wallon pour les gérer à l’avenir.

L’ancien patron d’Electrabel (GDF Suez), aujourd’hui président du Forem, a calculé les prévisions pour 2020. La facture s’avère particulièrement salée. Jean-Pierre Hansen évalue à 10,7 millions le nombre de CV qui seront émis par le régulateur wallon dans 6 ans, dont 7,4 millions seront vendus aux fournisseurs et 3 millions à Elia. Il a estimé la cotisation spéciale d’Elia pour l’offshore à 255 millions d’euros. En prenant en compte un coût du CV à 65 euros, il arrive à un total de 1,1 milliard d’euros qui seront facturés aux consommateurs wallons.

On a payé trop et trop tôt

Au regard des montants en jeu et de l’impact de la facture pour les ménages, il se demande si la Région wallonne a choisi la bonne stratégie de soutien aux énergies renouvelables. "Je ne fais pas de commentaires, je regarde juste les chiffres et je me demande si on a les moyens d’une telle politique. On a payé trop et trop tôt. Les autorités wallonnes ont voulu être exemplaires sur le renouvelable, alors qu’elles n’en ont sans doute pas les moyens", nous a confié Jean-Pierre Hansen, lors de la présentation de son analyse devant une assemblée bien fournie à l’occasion d’un colloque organisé par l’asbl Etudes & Expansion aux HEC-ULg à Liège.

Il a également épinglé l’inflation entre 2007 et 2013 de la facture d’électricité d’un client résidentiel moyen (3.500 kWh par an, voir infographie) avec une partie importante de la part payée pour le soutien aux énergies renouvelables.

Surcoût de 4 milliards

D’après ses calculs, la réalisation de l’objectif européen à l’horizon 2020 en matière d’énergies renouvelables devrait coûter environ 2,9 milliards d’euros, en ce qui concerne les obligations minimales à respecter d’ici 2020. Mais en raison de la politique wallonne de soutien aux énergies vertes, principalement aux panneaux solaires photovoltaïques, l’ardoise devrait se chiffrer à quelque 6,9 milliards, soit un surcoût de 4 milliards d’euros.

Pour atteindre l’objectif européen, la Wallonie s’est fixé comme objectif d’avoir 20% d’énergie renouvelable dans la consommation finale. "La Wallonie a ainsi contracté une dette. Face à une dette, il y a trois attitudes possibles: l’honorer, la récuser et l’étaler. La Wallonie a fait logiquement d’ailleurs les trois. Elle paie une partie via les certificats verts, récuse une autre en ramenant la durée de validité des certificats de 15 à 10 ans et étale la dernière partie en mettant le surplus des certificats verts en réserve chez Ecetia", commente Jean-Pierre Hansen.

Le photovoltaïque est abreuvé de subsides

L’homme n’est pas un chaud partisan des éoliennes offshore, il estime que l’investissement est trop élevé et que les coûts qu’elles engendrent rendent l’Europe moins compétitive. "Les coûts de production et de maintien sont trop élevés. Les experts les ont évalués à environ 200 euros par MWh. On voit aujourd’hui que des opérateurs comme Scottish Power et RWE ont renoncé à des projets de construction d’éoliennes offshore au Royaume-Uni pour un total de 540 MW. Il faut donc bien réfléchir, car la compétitivité d’une région, c’est aussi celle de son énergie", dit-il.

Il a également présenté une analyse comparative des coûts de l’énergie entre la Flandre et la Wallonie, d’une part, et entre la Belgique et d’autres pays d’Europe, de l’autre.

En ce qui concerne la Belgique, ses conclusions se basent sur une étude de Deloitte et elles confirment le coût élevé de l’énergie en Wallonie, en raison principalement des taxes. Le prix de l’électricité affiche ainsi 81 euros par MWh en Wallonie en 2013 contre 66 euros en Flandre pour les gros clients qui consomment 100 GWh par an.

Dans le même temps, dans trois autres pays européens, des voisins directs (France, Allemagne, Pays-Bas), le prix du courant est en dessous de 60 euros.

Un autre de ses constats relève les subsides importants dont va bénéficier le photovoltaïque d’ici 2020. D’après ses calculs, dix grands pays européens vont consacrer, de manière cumulative, 317 milliards au développement du renouvelable entre 2012 et 2020. Et 46% de cette enveloppe (environ 146 milliards) devraient être dédicacés aux panneaux solaires photovoltaïques contre 23% pour l’éolien onshore (à l’intérieur des terres, 75 milliards), 20% à la biomasse (64 milliards) et 10% pour l’éolien offshore (32 milliards).

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