Electrabel cède la moitié de son parc éolien en mer

En toute discrétion, Mermaid, qui réunit Electrabel et 8 autres partenaires, a cédé à Northwestern II la moitié de la concession qu’il avait obtenue.

L’opération a été bouclée en décembre. Mermaid, qui avait décroché en juin 2012 la septième et dernière concession pour un parc éolien au large des côtes belges, en a cédé près de la moitié à Northwestern II, son concurrent malheureux, dont l’actionnaire le plus important est TTR, société active dans les énergies renouvelables, qui réunit la société TPF de Thomas Spitaels et Transcor Astra, filiale de la CNP d’Albert Frère.

Electrabel, dont c’est la seule participation dans un parc éolien en mer, se refuse à toute explication. Le secrétaire d’État à l’Énergie Melchior Wathelet a pourtant déjà donné son accord tacite au transfert, puisqu'il ne s'est pas opposé dans les délais dont il disposait. Un arrêté ministériel doit encore venir formaliser l’opération.

Les autres partenaires de Mermaid, réunis sous la bannière d’Otary, sont un peu plus diserts. "C’est le plus grand projet de parc offshore belge. Et il se situe loin des côtes, avec des éoliennes à installer en eaux plus profondes. Nous avons donc décidé, après analyse, de partager le risque", explique l’un d’eux. "Il s’agit non seulement de répartir le risque opérationnel, mais aussi le risque financier: un projet de trop grande taille risque d’être compliqué à financer, dans l’environnement actuel", précise un autre.

Vu la taille de Mermaid et le coût des autres parcs, l’investissement total pourrait tourner autour d’1,8 milliard d’euros. "Développer un tel parc en un bloc est quasiment impossible, renchérit Christophe Gilain, CEO de TTR. Travailler sur deux morceaux en parallèle plutôt que successivement permet d’améliorer l’économie du projet. Et nous trouvons un vrai intérêt à y participer."

En sus, les actionnaires d’Otary ont d’autres investissements à assumer: ils participent aussi aux parcs Rentel et Seastar, et sont pressentis pour devenir actionnaires du projet de prise unique en mer d’Elia. Electrabel, de son côté, n’était de toute façon qu’actionnaire minoritaire…

Il n’est pas exclu que la crainte d’un recours de Northwestern II contre la concession accordée à Mermaid n’ait aidé à engager le dialogue, mais sans que ce soit le vrai moteur de ce transfert, dont tous les acteurs confirment qu’il s’est fait sans paiement ni autre "deal" compensatoire. "Une concession n’a de valeur que lorsqu’elle s’accompagne de permis, d’un travail d’ingénierie, voire de contrats avec des fournisseurs, ce qui n’est pas encore le cas ici", argumente Frank Coenen, CEO de Belwind et Northwind et partenaire de Northwestern II via sa société InControl.

Un tout petit monde

"Plusieurs actionnaires des deux consortiums travaillaient déjà ensemble: Deme est ainsi actif dans le projet Belwind, dont Colruyt est actionnaire. Ce transfert s’inscrit dans un esprit de synergie et de coopération", souligne Michel Helbig de Balzac, qui a été via la société de capital à risque Wagram Invest une des chevilles ouvrières de l’accord. Mermaid et Northwestern II viennent d’ailleurs de lancer l’étude d’incidences ensemble. Chacun choisira par contre les turbines qu’il souhaite installer dans sa concession.

Mermaid conserve les 20 MW d’énergie houlomotrice prévus dans le projet. Northwestern II devrait installer 224 MW éoliens, et Mermaid entre 224 et 264 MW, selon les scénarios. "C’est une bonne nouvelle pour tout le monde, conclut Frank Coenen. Cela augmente les "chances que ce parc devienne réalité."

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