La fin du nucléaire belge et ses incertitudes

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Le plan concocté par Di Rupo et les négociateurs prévoit la fermeture d'ici 2015 des trois plus anciens réacteurs sur les sept que compte le pays, puis une sortie complète du nucléaire d'ici 2025. Mais ce programme ne sera appliqué que sous conditions: la Belgique doit trouver suffisamment de sources d'énergie alternatives au nucléaire pour éviter toute pénurie.

L'accord trouvé entre les six partis politiques engagés dans les négociations pour la formation d'un gouvernement prévoit "le début de la fin" du nucléaire en 2015. Mais l'échéancier reste à définir et dépendra de la capacité de mise en réseau de nouvelles capacités d'énergies diversifiées.

Il s'agit donc, in fine, de fermer sous condition les deux centrales nucléaires encore activité dans le pays.

Concrètement, le plan prévoit la fermeture d'ici 2015 des trois plus anciens réacteurs, sur les sept que compte le pays. Et ensuite, une sortie complète du nucléaire d'ici 2025. Mais il y a des conditions à la réalisation de ce plan. Il faudra que la Belgique trouve suffisamment de sources d'énergie alternatives au nucléaire pour éviter toute pénurie.

→ Selon le rapport 2009 de l'Agence internationale de l'Energie, la Belgique dépend à 55% du nucléaire pour ses besoins électriques. Sept réacteurs sont en activité, dans deux centrales: quatre à Doel, au nord d'Anvers en Flandre, et trois à Tihange, entre Charleroi et Liège, en Wallonie.

Electrabel s'est inquiété dans un communiqué au ton volontairement alarmiste. "La décision relative a l'avenir du nucléaire est un choix éminemment politique qu'il n'appartient évidemment pas à Electrabel d'influencer", écrit l'électricien. "Mais la décision (...) devra être expliquée quant à ses conséquences les plus probables: une augmentation des importations d'électricité (...) et donc une dépendance accrue vis-à-vis des pays voisins, un impact négatif sur le bilan CO2 du pays, puisque les unités nucléaires mises à l'arrêt seront remplacées par des centrales thermiques et une hausse plus que probable des prix de l'électricité", affirme-t-il.

→ Selon la loi de 2003

En réalité, le principe de la sortie du nucléaire, contenu dans une loi de 2003, est confirmé. L'accord annoncé dimanche sous la houlette d'Elio Di Rupo confirme cette loi adoptée en 2003 qui prévoyait l'extinction progressive des sept réacteurs entre 2015 et 2025, au moment où ils atteindraient l'âge de 40 ans.

→ Et maintenant?

Le nouveau gouvernement élaborera dans les 6 mois de son entrée en fonction un plan d'équipement permettant de remplacer les centrales par de nouvelles sources d'énergie diversifiées. De quoi assurer l'approvisionnement électrique du pays à court, moyen et long terme. En fonction de l'agenda de la mise sur le réseau de cette nouvelle capacité, la date de fermeture effective des centrales nucléaires sera précisée par le gouvernement.

Certains pensent possible de fermer deux réacteurs de la centrale de Doel dès 2015. Mais d'autres responsables sont plus prudents. Tout va dépendre de la capacité des champs d'éoliennes construits en mer du Nord.

→ L'objectif

Les sept centrales nucléaires ont une puissance de 5,7 GW. Les centrales au gaz et au charbon ont une puissance de 5 GW et l'éolien représentait une capacité de production de 911 MW en 2010.

L'objectif affiché est une capacité de près de 6,3 GW d'énergie éolienne à l'horizon 2020: 2,8 GW en mer, 2 GW en Wallonie et 1,5 GW en Flandre.

"S'il s'avère que nous ne sommes pas confrontés à des coupures et à une flambée des prix, nous avons l'intention de nous tenir à la loi de 2003 sur une sortie du nucléaire", a déclaré une porte-parole du ministère de l'Energie et du climat.

En vue d'améliorer la concurrence sur le marché de l'électricité, le gouvernement examinera, en conformité avec les règles de concurrence, les voies juridiques qui s'offrent à lui pour mettre à disposition du marché une partie de la production nucléaire issue des centrales qui sont amorties. Ces mesures seront provisoires et disparaîtront lorsque le marché sera devenu concurrentiel.


Le futur gouvernement veillera également à relever fortement la contribution prélevée sur la rente nucléaire sur la base d'une formule qui tienne compte des coûts de production tels qu'ils sont visés par la Commission de Régulation de l'Electricité et du Gaz (CREG) et du prix de vente. Les recettes tirées de cette rente serviront notamment aux investissements dans les énergies renouvelables en Mer du Nord (c'est-à-dire des éoliennes) et dans l'efficacité énergétique des bâtiments publics fédéraux.

→ Le revirement de 2009

En 2009, le gouvernement belge, faute de solution de rechange crédible, avait passé un accord avec l'exploitant des centrales Electrabel, qui appartient à GDF Suez, afin de prolonger de dix ans les trois plus anciens réacteurs, appelés à fermer en 2015.

"Le projet d'une extinction progressive entre 2015 et 2025 reprend ainsi vigueur en dépit de l'accord de principe conclu en 2009 afin de prolonger de dix ans la vie des trois plus anciens réacteurs au cas ou aucune alternative viable n'aurait été trouvée", rappelle le courtier Aurel BGC dans une note consacrée à GDF Suez.

→ Impact sur Electrabel et GDF Suez

Pour rappel, GDF Suez a lui-même menacé de fermer de façon anticipée les réacteurs de Doel 1, Doel 2 et Tihange 1, une menace réitérée la semaine dernière par son patron Gérard Mestrallet, qui demandait "un retour juste" pour les investissements du groupe en Belgique.

 Electrabel a déjà investi 500 millions ces cinq dernières années dans les réacteurs de Doel 1, Doel 2 et Tihange 1, et un milliard d'investissements supplémentaires est nécessaire pour prolonger leur durée de vie, a rappelé la filiale de GDF Suez samedi.

→ La production nucléaire belge est vendue à 25% à GDF Suez, à 25% au français EDF et à 40% à l'allemand EON.

 

• Pour rappel, cette décision belge intervient quelques mois après une décision similaire de l'Allemagne. Face à l'émoi provoqué par la catastrophe nucléaire de Fukushima, au Japon, dans le sillage du séisme du 11 mars, les autorités allemandes on fait le choix d'entamer une fermeture graduelle des centrales qui doit s'échelonner d'ici à 2022.    

 

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