Pour la Creg, "la BNB réécrit les lois de la physique"

Malmené par le PS, bousculé par le MR, le régulateur des marchés énergétiques a confirmé au Parlement ses estimations sur la rente nucléaire. Il dénonce également les inconsistances de la Banque nationale.

La Creg réfute. Sur toute la ligne. Au grand complet devant les députés de la Commission Economie, le comité de direction du régulateur des marchés énergétiques est venu confirmer haut et fort, mercredi au Parlement, ses estimations sur la rente nucléaire. Il le redit: la rente se situe entre 1,75 et 1,95 milliard d’euros en 2007. Soit le double de la Banque nationale (BNB). Pour les autres années, la Creg l’estime de 1,39 à 1,56 milliard d’euros pour 2008, de 2,34 à 2,47 milliards pour 2009 et entre 1,23 et 1,37 milliard d’euros pour 2010.

Mais surtout, le régulateur est venu dire ce qu’il pensait du rapport remis par la Banque nationale il y a une semaine, et que Luc Dufresne, le responsable du département d’analyse de micro-économie de la BNB, a défendu mardi au Parlement. Le ton est très vite donné. "Il y a une inconsistance dans le rapport de la BNB", s’empresse de dire Guido Camps, directeur à la Creg. L’homme, qui a menacé de démissionner si le rapport de la BNB désavouait ses chiffres, estime que l’institution financière "réécrit les lois de la physique et on ne peut qu’en rejeter les résultats".

L’ombre de Paul Magnette

Le débat est très vif. Dans le public, on se bouscule. Entre les journalistes, quelques représentants d’Electrabel ont pris place. Des avocats spécialisés sont également là. Dans l’arène parlementaire, les positions se démarquent. Et les chiffres se cognent. La socialiste Karine Lalieux a visiblement des comptes à régler avec le régulateur. Au nom du PS ou de son ministre de l’Energie, Paul Magnette ; elle s’interroge sur son sérieux. Et met en garde Guido Camps. "Monsieur Camps, vous avez dit que le rapport de la BNB était bon pour les archives. J’ai l’habitude de vos provocations médiatiques. Tout comme la menace de votre démission. Mais il faut sortir d’un régulateur de la confrontation et aller vers un régulateur de la concertation".

La députée rappelle ainsi que le seul ministre qui a taxé Electrabel jusqu’ici est un socialiste. Et d’affirmer qu’"il n’y a pas de complaisance avec Electrabel. Nous voulons une rente la plus haute possible mais elle doit être juridiquement inattaquable." Guido Camps estime de son côté que "dès qu’il s’agit d’argent, les discussions deviennent toujours plus compliquées". Et de déplorer le ton utilisé dans les questions de Karine Lalieux. "Vous me demandez d’être moins en confrontation mais vos questions sont très provocantes", lance-t-il après que la députée lui ait demandé s’il accuse la BNB de collusion avec Electrabel.

Dans le camp libéral, David Clarinval reproche à Guido Camps d’avoir endossé un maillot politique. "Ce n’est pas acceptable. A quand votre démission?" Ce point est d’emblée balayé par Guido Camps. "Sur base d’un tel rapport qui ne tient pas compte des lois de la physique, je ne vais pas prendre en compte mon licenciement". La nuance était davantage de mise dans les autres partis.

Les erreurs de la BNB

Quant aux "fameuses lois de la physique", la Creg met en avant deux erreurs commises par la Banque nationale. "L’électron n’a pas de couleur et va là où on lui demande". Concrètement, et alors que la BNB estime que la majorité du nucléaire est consommé par les grands clients industriels, les experts de la Creg affirment l’inverse. "Il est impossible de faire la différence entre les résidentiels et non résidentiels. L’électricité d’origine nucléaire est donc consommée par tous les clients belges". Qui plus est, la méthode permet "de tenir compte du transfert d’une partie de la rente vers d’autres sociétés du groupe GDF Suez".

Sur les reproches de la BNB, estimant que la Creg ne pouvait déterminer le prix de vente de l’électricité à partir de son prix sur la Bourse Endex, le régulateur s’insurge. "On a des raisons de dire le contraire. Les cotations se font sur base d’un comité qui fixe les prix tous les jours. Et qui se trouve dans ce comité? Electrabel et SPE. On me dit que ce n’est pas représentatif?", s’interroge Guido Camps.

"La Creg ne fait pas de politique"

Bousculé par des députés assommés par la masse de chiffres, le président de la Creg François Possemiers se défend de mener le régulateur sur le chemin politique. "La Creg ne fait pas de politique. Le débat porte uniquement sur le prix de vente de l’énergie nucléaire. Nous n’avons pas de jugement à avoir sur les comptes de l’exploitant Electrabel, ni même à avoir une position sur la hauteur de la taxe".

Reste qu’il stigmatise le fait qu’il reste une question ouverte et non résolue "sur la différence entre la valorisation de la rente (calculée par la Creg) et les comptes de résultats d’Electrabel (855 millions d’euros en 2007)".

Et la suite? La Commission a décidé de poursuivre la discussion en invitant le ministre de l’Energie, le mardi 17 mai.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect