Le marché salue le sauvetage de Dexia

Axel Miller ©Lieven Van Assche

Axel Miller et Pierre Richard quittent Dexia. Les gouvernements belge, français et luxembourgeois injectent 6,4 milliards dans la banque. L'augmentation de capital se fera à 9,9 euros. Le marché apprécie, le titre Dexia a pris 6,08% à 7,5 euros, après en avoir gagné une quinzaine en matinée.

Bruxelles (L'Echo) - Le conseil d'administration de Dexia a accepté la démission de son administrateur délégué Axel Miller et de son président Pierre Richard. Le conseil a également demandé aux deux dirigeants d’assurer la gestion des affaires courantes dans l’attente de la désignation de leurs successeurs.

"Nous ne savons pas encore qui va me succéder, mais je ne serai pas associé au processus de désignation", a déclaré en substance l'ex-CEO au cours d'une conference call tenue ce matin. "Je ne me sens pas responsable mais je prends mes responsabilités", a encore commenté le dirigeant au sujet de son départ de la tête de l'établissement franco-belge.

Pour rappel, un accord est intervenu entre gouvernements belge, français et luxembourgeois pour injecter 6,4 milliards d'euros dans le bancassureur Dexia, deuxième victime en Belgique de la crise financière après Fortis. Ce sauvetage est bien reçu par les marchés, puisque le titre Dexia a pris 6,08% à 7,5 euros, après en avoir gagné une quinzaine en matinée. Fortis est également bien orienté et a gagné 8,39% à 4,3 euros, permettant enfin au Bel 20 de s'inscrire dans le vert.

 

Cette avance est confortée par l'ouverture haussière de Wall Street qui a gagné près de 2% dès les premières transactions.

Aux termes de l'accord trouvé après une longue nuit de négociations, les autorités fédérales et régionales et les actionnaires belges (communes belges et investisseurs institutionnels) investissent en tout 3 milliards d'euros dans le groupe franco-belge Dexia; le gouvernement français et la Caisse des dépôts et consignations 3 autres milliards, et le gouvernement luxembourgeois 376 millions.

Alors que les gouvernements belge et français souscriront à une augmentation de capital qui se fera à 9,9 euros - la moyenne des trente derniers jours de cotation, explique Axel Miller - , le gouvernement luxembourgeois souscrira à une émission d'obligations convertibles. Les analystes estiment que la dilution se situera aux alentours des 35%.

Après cette opération de renflouement, Dexia devrait afficher un ratio de fonds propres Tier 1 de l'ordre de 14%, a encore indiqué Xavier de Walque, directeur financier de la banque franco-belge. Dans un communiqué publié auparavant, Dexia avait indiqué qu'elle devrait boucler le troisième trimestre, qui s'achève ce mardi, avec un ratio Tier 1 supérieur à 10%. Xavier de Walque a précisé qu'il se situerait "entre 10,0% et 10,5%" en fonction des cours de clôture de ce mardi.

"Nous avons sauvé Fortis et Dexia mais au delà, c'est l'ensemble du système financier qui est consolidé par cette action concertée des trois gouvernements", a estimé le ministre luxembourgeois du Budget, Luc Frieden.

Dexia compte parmi ses actionnaires côté belge la holding Arcofin (17,7%), les communes belges (16,2%), Ethias (6,3%), et côté français l'assureur CNP (2%), et la Caisse des dépôts et consignations (11,7%), considérée comme le "bras financier" de l'Etat français. Les salariés détiennent 3,8%.

A l'issue de l'opération, la partie belge détiendra toujours "la part la plus importante" de Dexia, a indiqué le ministre belge des Finances, Didier Reynders. L'Etat français plus la Caisse des dépôts détiendront ensemble une "part à peine supérieure à 25%". En réunissant les participations des autorités belges (Etat fédéral, régions et communes) et celles des autorités françaises (Etat et Caisse des dépôts et consignations), les pouvoirs publics détiennent un peu plus de 50% du capital de la banque franco-belge.

Concrètement, le capital sera réparti comme suit:

  • CDC 19,3%
  • Arco 13,9%,
  • Holding Communal 14%
  • Ethias 5%
  • CNP 1,3%
  • Gouvernements belge 5,7%
  • les régions belges 5,7%
  • le public environ 30%

 

 

"Les difficultés sont venues de différents côtés", a encore affirmé Axel Miller qui cite bien sûr Fortis, FSA, les craintes liées au secteur bancaire. Dexia a d'ailleurs annoncé qu'elle injecterait un maximum de 500 millions d'euros dans son rehausseur de crédit américain FSA.


La situation de Dexia est jugée difficile car elle se finance en grande partie à court terme sur les marchés financiers, en vendant des obligations aux investisseurs ou en empruntant de l'argent aux autres banques. Or "les banques ne se prêtent plus d'argent entre elles car elles n'ont plus confiance", selon un analyste.

Lundi soir, Dexia affichait une prime de risque sur sa dette senior à cinq ans - CDS, credit default swap - parmi les plus élevée au niveau européen à 542 points de base, contre 648,3 pour Bancaja's et 836 pour Depfa's. Un niveau ramené à 500 mardi matin et à 425 en cours de séance.

Née en 1996 de la fusion du Crédit Local de France et du Crédit Communal de Belgique, la banque franco-belge Dexia est spécialisée dans les prêts aux collectivités locales, dont elle se dit le leader mondial. Avec 35.000 personnes employées dans une trentaine de pays.

as.bailly@lecho.be

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