La prime à la casse dope les marchés automobiles mais plus pour longtemps

©BELGA

Des immatriculations en hausse dans les grands marchés européens et au Japon, de bons résultats surprises de Ford aux Etats-Unis: la prime à la casse continue de soutenir le marché automobile, mais ses effets devraient s'estomper l'an prochain.

(AFP) - La France, l'Allemagne et l'Espagne ont enregistré des bonds de plus de 20% des immatriculations le mois dernier et la Grande-Bretagne de plus de 30%, la hausse la plus forte depuis le début de l'année. Le Japon et l'Italie ne sont pas en reste, selon des chiffres publiés cette semaine.

Aux Etats-Unis, Ford a réalisé au troisième trimestre ses meilleures ventes depuis quatre ans, tandis que le géant General Motors a justifié sa volte-face sur Opel, qu'il a décidé finalement de garder dans son giron, par une amélioration de la situation en Europe.

Ces bonnes performances s'expliquent principalement par deux facteurs, selon Bertrand Rakoto, analyste du cabinet d'études Polk France, interrogé par l'AFP.

Tout d'abord, "un effet de comparaison" favorable, explique M. Rakoto. L'automne 2008 avait en effet été particulièrement mauvais pour les constructeurs automobiles en raison de la crise.

Surtout, les marchés sont dopés depuis plusieurs mois par des mesures d'incitation à l'achat mises en place par les gouvernements, comme la prime à la casse.

"Le fait que le marché des véhicules utilitaires et des poids-lourds soit toujours sinistré est assez révélateur de l'impact de la prime à la casse" sur celui des voitures particulières, commente Guillaume Mouren, analyste du cabinet d'études Xerfi, à l'AFP.

Cet effet joue à plein depuis le début de l'année en Allemagne ou en France, depuis moins longtemps en Espagne ou en Italie qui ont adopté la même mesure plus tardivement. Au niveau des constructeurs, les aides gouvernementales ont particulièrement profité aux groupes japonais.

Aux Etats-Unis, la situation est un peu moins rose."C'est un marché qui mettra du temps à panser ses blessures" car il est saturé, estime M. Rakoto.

Ce coup de pouce devrait se prolonger dans les mois à venir, même dans les pays où les primes ont été épuisées ou vont diminuer, car des véhicules commandés cet été peuvent être livrés avec plusieurs mois de décalage, explique M. Rakoto, se basant sur l'exemple de l'Allemagne.

Mais les ristournes accordées aux automobilistes ne vont pas porter éternellement les marchés, avertissent les analystes. M. Rakoto table sur une fin d'année et un premier trimestre 2010 plutôt positifs, puis de nouveau un creux avant un rebond attendu au quatrième trimestre.

"Les bons chiffres de 2009 sont artificiels", ajoute-t-il.

Son homologue de Xerfi est plus négatif. "Dès que les primes à la casse vont disparaître, on peut s'attendre à une rechute des marchés" et une nette reprise n'est pas à attendre avant 2011.

Pour lui, les ménages ont été fortement incités à remplacer leurs voitures cette année et ils vont ensuite consacrer leur argent à d'autres dépenses.

Certains constructeurs pourront compenser partiellement ce recul par la reprise sur les marchés émergents. Le numéro un européen Volkswagen, très bien implanté en Chine, compte ainsi sur la reprise observée dans ce pays et au Brésil pour faire mieux que les autres constructeurs cette année.

Cela pourrait aussi être le cas pour PSA ou Hyundai, pour qui les marchés émergents "sont des relais de croissance", selon M. Mouren.
En attendant une reprise des marchés mondiaux, "les primes à la casse ont pleinement joué leur rôle", conclut M. Rakoto.

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