De la "plasticine" pour reconstruire les os

Jean-François Pollet (à droite), CEO de Novadip, et Philippe Durieux, patron de la Sopartec. ©Thierry du Bois

Novadip Biosciences, une spin off de l’UCL, cherche 8,5 millions d’euros de capitaux. Objectif: financer le développement d’un procédé de reconstruction des os à partir de cellules-souches puisées dans les graisses du patient.

Creost: derrière ce patronyme un peu abscons se cache une technique qui consiste à reconstituer une structure osseuse malade ou déficiente à partir de cellules-souches puisées dans le tissu adipeux du patient. Ce procédé révolutionnaire est le fruit de recherches menées depuis 2007 par une équipe de chercheurs du Centre de thérapie tissulaire et cellulaire des Cliniques St-Luc (UCL), menée par le Pr Denis Dufrane.

Le résultat de ces recherches, qui ouvre des perspectives médicales plus qu’appréciables, a débouché en mai 2013 sur la création d’une spin off, baptisée Novadip Biosciences. Les premiers essais réalisés sur des porcs, puis sur onze patients humains — dont huit souffrant de maladies empêchant une recréation osseuse spontanée après une tumeur osseuse ou une maladie métabolique —, ont en effet été jugés suffisamment probants pour pousser plus avant le développement du Creost.

Un cm3 de graisse

Jusqu’ici, les recherches sur les cellules-souches restaient concentrées sur un prélèvement de celles-ci dans la moelle épinière. "Le Creost a pour principal atout d’être très peu invasif pour le patient. Il suffit de prélever sur lui un centimètre cube de cellules adipeuses, sous anesthésie locale. Les cellules-souches graisseuses mises en culture se reproduisent en outre plus vite. Avec 1 cm3, on obtient en moins de 3 mois un greffon de la taille d’un poing", explique Jean-François Pollet, cofondateur — avec Denis Dufrane — et CEO de Novadip.

Cette "plasticine" qui contient toutes les propriétés biologiques d’un os peut alors être insérée dans la lésion osseuse. Les premiers tests cliniques, basés sur un suivi de deux ans, ont été jugés très satisfaisants, tant sur le plan de la sécurité que de l’efficacité. "On ne note aucun effet secondaire et la croissance osseuse se maintient chez les patients soignés avec le Creost", affirme le patron de Novadip Biosciences.

Tests probants

Dotée d’un capital de départ de 550.000 euros apporté par ses deux fondateurs, par la Sopartec — l’outil de transfert de technologies de l’UCL-, par le fonds Vives II et par les Cliniques St-Luc, Novadip peut s’appuyer sur des essais précliniques probants pour développer le processus d’optimisation industrielle et préparer les premières phases des études cliniques. Celles-ci devraient être lancées à partir de juillet.

Pour financer ces nouvelles étapes, la société s’est lancée à la recherche de nouveaux investisseurs susceptibles de lui apporter les 8,5 millions d’euros de capitaux requis. Pour cela, Novadip a entamé un road show auprès d’une série d’investisseurs institutionnels en Belgique, mais aussi dans les pays voisins. "Les investisseurs des pays limitrophes doivent notamment nous aider à nous lancer à la conquête du marché américain", précise Jean-François Pollet.

Nouvel appel de fonds dans 3 ans

Cet ex-fondateur d’Henogen, une spin off de l’ULB créée en 1999 et spécialisée dans le développement et la production de biomolécules — reprise en 2009 par la société française Novasep -, ne doute guère de la réussite de l’opération. Qui devrait d’ailleurs être suivie d’ici trois ans d’un nouvel appel de fonds de 12 millions d’euros.

"Le projet est déjà très mûr, ce qui nous permet d’aller très vite dans le développement de la société. Les premiers essais cliniques doivent être bouclés pour la fin 2016. Nous prévoyons de nous doter d’un premier outil de production après 2016", dit Jean-François Pollet.

La Sopartec, par la voix de son CEO Philippe Durieux, a d’ores et déjà annoncé son intention d’injecter environ 1,5 million d’euros via le fonds Vives II. L’identité des autres investisseurs devrait être connue dans les prochains mois.

A l’entendre, les premiers contacts avec les investisseurs potentiels sont "très prometteurs". "Nous voulons en tout cas trouver des investisseurs qui pourront accompagner le projet pendant cinq à six ans au minimum", précise Philippe Durieux.

A plus long terme, le Creost offre d’autres perspectives thérapeutiques, pour les cartilages par exemple. Mais la priorité reste centrée pour l’heure sur une indication qui garantit des "résultats forts".

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