De "l’or vert" pour Madagascar

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La plante de jatropha, originaire d’Amérique centrale, convient à la production de biodiesel. Elle pousse vite et a une durée de vie supérieure à 30 ans. Résistant à la sécheresse, elle se développe les climats tropicaux et subtropicaux.

Bruxelles (L'Echo) - Tiago d’Orey a la main verte. En 2006, un an après son arrivé chez Madarail, l’opérateur privé du Réseau Ferroviaire Nord de Madagascar, cet homme d’affaires belgo-portugais a lancé un projet de production locale d’agrocarburant, ou biocarburant, à partir de graines de jatropha. L’idée? Remplacer une partie du carburant acheté par Madarail, une société détenue à 25% par le Belge Vecturis. Et, le cas échéant, étendre l’expérience à plusieurs pays africains.

La plante de jatropha, originaire d’Amérique centrale, convient à la production de biodiesel. Elle pousse vite et a une durée de vie supérieure à 30 ans. Résistant à la sécheresse, elle se développe les climats tropicaux et subtropicaux. Le carburant produit à partir du jatropha est comparable au diesel ordinaire et peut être utilisé pour les locomotives de Madarail. Or, le réseau Nord de Madagascar présente sur sa longueur un espace de terre en friche appartenant à la compagnie, de maximum 100 mètres de large de part et d’autres de la voie de chemin de fer. Cette terre, négligée, offre un potentiel de valorisation pour un développement agricole. De plus, la population vivant le long de la voie, enclavée dans une région peu accessible, a besoin d’emploi et de ressources pour améliorer son cadre de vie.

Tiago d’Orey veut mettre en place un circuit intégré de production de carburant. Le chemin de fer africain vient de connaître une vague de privatisations et les sociétés comme Madarail sont à la recherche d’une plus grande autonomie.

Tiago d’Orey est devenu en 2007 directeur financier de Vecturis. Fort de son projet sur le jatropha, il a fondé Premium Management, une société de droit belge, et se consacre au développement des agrocarburants. Il a également noué un partenariat avec l’association belge de valorisation de la biomasse Valbiom.

Levée de fonds

"L’expérience pilote a permis de développer 107 hectares de jatropha, dans une zone pluvieuse et au relief favorable", explique Tiago d’Orey. "Un hectare de jatropha permettra bientôt de produire 1.000 litres de carburant." Pour faire rouler ses dix-sept locomotives diesel, Madarail a besoin de 3,4 millions de litres par an. "Nous pourrons leur fournir 30% de leur besoin, à un coût final inférieur au diesel ordinaire."

L’entreprise compte cultiver 900 ha de jatropha sur fonds propres et 400 ha grâce aux fonds de la Banque mondiale. " Nous devrions produire 1,64 million de litre de biodiesel d’ici 2015 ", prévoit Tiago d’Orey.

Premium, en road show depuis trois mois, recherche des partenaires. Son plan d’investissement sur cinq ans s’élève à 4,8 millions de dollars. La société prévoit un chiffre d’affaires de 2,4 millions de dollars en 2015, avec un bénéfice net de 600.000 dollars.Les besoins en trésorerie sont de 3,5 millions de dollars.

Impact social et environnemental

L’expérience pilote a entraîné dans son sillage un développement local. "Pour cultiver le jatropha, nous avons créé 33 associations de villageois entre Antananarivo et Toamasina. Ils ont été formés aux techniques culturales grâce à une aide de la Banque mondiale. Ils ont la responsabilité, dans les zones qui leur sont attribuées, de la plantation, de l’entretien des plants, de la récolte des fruits et de leur conditionnement", indique Tiago d’Orey. Les travailleurs reçoivent un salaire trois fois supérieur à la moyenne de Madagascar. Des projets sociaux et médicaux sont également développés sur place.

La combustion d’un agrocarburant produit moins de gaz à effet de serre que le carburant ordinaire. Ombre au tableau, le bilan environnemental de ce nouveau type de carburant, surtout s’il résulte de culture intensive, ne fait pas l’unanimité. Tiago d’Orey se défend de rentrer dans le travers d’une production peu écologique.

"Nous n’utilisons pas d’OGM, et il n’y a pas de culture intensive. Nous aurions pu faire venir des bulldozers et tout cultiver mécaniquement. Au contraire, nous entendons nous conformer aux critères environnementaux les plus stricts", précise-t-il. "De plus, le jatropha est une alternative aux huiles de palme ou de soja pour le sud car il n'est pas comestible et donc n'entre pas en concurrence avec le secteur alimentaire. Enfin, il peut être est cultivé sur des sols arides, ce qui permet de lutter contre la désertification."

V.G.

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