Gazprom ne veut plus être le «bad boy» européen

Mi-caressant, mi-menaçant, le géant russe réfute les menaces qu'il ferait planer sur l'Europe énergétique.Alexei Miller, le président du géant énergétique russe,Gazprom a profité du European Business Summit de Deauville, hier, pour affirmer sa volonté de travailler main dans la main avec des partenaires européens avec qui il «entretient de solides relations depuis 40 ans».

Bruxelles (L'Echo) -  «La Commission européenne est-elle raisonnable quand elle prend des mesures anti-Gazprom alors que nos fournitures sont capitales pour assurer la demande de nos clients et la sécurité énergétique en Europe?»

Le ton est donné d'emblée. Entre ironie, incompréhension et irritation. Alexei Miller, le président du géant énergétique russe, a profité du European Business Summit de Deauville, hier, pour affirmer sa volonté de travailler main dans la main avec des partenaires européens avec qui il «entretient de solides relations depuis 40 ans». «Nous sommes inquiets des tendances protectionnistes visibles en Europe».

Une vision politicienne

Les responsables de Gazprom estiment carrément être victimes d'un procès d'intention de la part du monde politique occidental. «Il y a vraiment deux visions nous concernant, renchérit Alexander Medvedev, vice-président du groupe. Pour nos clients, nous sommes des Batman, des Superman qui les aident à garantir les fournitures à leurs clients grâce à des contrats à long terme. Pour les politiciens européens, nous sommes le 'méchant' de James Bond, celui qui veut étendre son influence sur l'énergie en Europe pour pouvoir mieux fermer le robinet ensuite.» Un mythe!, proteste-t-il. Gazprom, ancien ministère russe de l'Energie, privatisé au cours des années 90, estime être devenu une société comme les autres depuis son entrée en Bourse.

«Pour nous le profit est devenu l'objectif le plus important», martèlent en ch½ur les deux leaders du groupe gazier. La coupure des livraisons à l'Ukraine au cours de l'hiver 2005-2006? «Ils volaient le gaz destiné à l'Europe», réplique Medvedev. Le géant russe digère mal que Bruxelles, dans sa volonté de séparer la propriété de la fourniture et des réseaux de transport, ait pris des garanties afin d'éviter l'arrivée de Gazprom de manière trop évidente sur les marchés de l'Union. Il s'étonne aussi de la volonté européenne de vouloir éliminer les liens de prix entre le gaz et le pétrole pour les fixer à partir des marchés spot (à court terme). «Ils estiment que ça fera baisser le prix du gaz en Europe, commente encore ironiquement Alexander Medvedev. Les études montrent que c'est faux. On voit parfois que les prix spots sont moins chers, mais dans l'ensemble l'adossement au prix du pétrole est préférable.» En matière de prix, justement, Gazprom estime avoir été encore en dessous de la réalité des marchés. «Nous avions estimé que le gaz serait à 400 dollars le m³ en 2010, lance Alexei Miller. Il est déjà à 410 dollars.» Au niveau du pétrole, il n'hésite pas à faire le pari d'un baril à 250 dollars mais sans en préciser l'échéance. Les marchés apprécieront…

1ère entreprise de la planète


Entre les lignes des ces messages destinés à ménager les vues des décideurs européens, on sent toutefois la conscience de la position de force du premier groupe gazier mondial face à une Europe qui dépend de plus en plus des importations de gaz russe. Avec une production de 548,6 milliards de m³ en 2007 - 19,4% de la production mondiale -, Gazprom connaît son poids. Et ne le nie pas. «Notre capitalisation boursière atteint 360 milliards de dollars actuellement, note Alexei Miller. Nous avons toutes les raisons de penser que dans un horizon de 7 à 8 ans, elle pourra atteindre 1.000 milliards. Nous serons la toute première société au monde. Nos réserves de gaz - 30.000 milliards de m³ - sont huit fois plus grandes que celles d'ExxonMobil.»

Pour réussir ce pari, Gazprom parle d'aller de plus en plus vers l'extrême-Orient mais aussi vers le continent américain une fois que le gisement géant de Shtockman permettra de livrer du gaz naturel liquéfié par bateaux - à partir de 2014. «A ce moment, nous serons une société globale», lance le président, insistant également lourdement sur la nécessité de développer les gazoducs Nord Stream (Baltique vers l'Allemagne) et South Stream (Caspienne vers l'Europe du sud et de l'est) destinés à acheminer le gaz vers les marchés européens.

Des projets inscrits dans un plan d'investissement global de 30 milliards de dollars en 2008. Mais, promet Miller, cette somme devrait encore s'accroître les prochaines années. Et pour faire pencher la balance côté «Batman», les dirigeants de Gazprom réfutent l'idée que leur gazoduc South Stream viendrait court-circuiter le projet Nabucco qui vise à acheminer le gaz de la Caspienne vers l'Europe, mais en contournant la Russie. «Vu l'augmentation de la demande en gaz, il n'y aura pas de compétition, les ressources visées viennent de champs différents.»

JML

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