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L'électricité verte a le vent en poupe, mais a-t-elle assez de souffle?

Depuis le début de l'année, des firmes belges de la taille de Fortis ou Delhaize ont fait le choix de se fournir en électricité verte. Et d'autres entreprises envisagent d'améliorer leur image de marque par des contrats environnementalement corrects. La question se pose donc en termes clairs: y en aura-t-il pour tout le monde?

(l'écho) Parmi ses résolutions de début d'année, Delhaize Belgique a fait le choix de se fournir uniquement en électricité verte. Ce qui veut dire que, désormais, l'ensemble de ses magasins, de ses entrepôts et ses services centraux seront approvisionnés à partir de sources renouvelables.

Sur la base de ses chiffres de consommation de 2005, c'est quelque 245.000 MWh ou l'équivalent de la consommation de 70.000 ménages qu'Electrabel a promis de lui fournir via sa filiale française AlpEnergie qui tire ses électrons verts de ses centrales électriques établies sur le Rhône.

Delhaize n'est évidemment pas le seul à avoir fait ce choix environnemental. Le groupe Fortis a pris la même résolution à la même date et, rien qu'en Wallonie, 10% des ménages ont choisi des contrats à partir d'énergies renouvelables en marge du processus de libéralisation du secteur de l'électricité. Chez Electrabel, on note aussi que, outre les deux grandes sociétés citées, entre 5 et 10 grandes entreprises belges se préparent à signer un contrat via la filiale AlpEnergie.

Manque de jus?

Bonne nouvelle pour la planète? Certes. Reste maintenant à voir jusqu'où cette demande croissante pourra être assurée par les fournisseurs. Pour Electrabel, pas de souci. «Nos deux filiales françaises, la SHEM et la CNR, nous assurent 3.700 MW», note Jean-Pascal Bouillon, porte-parole d'Electrabel.

Par contre, si on regarde le quota de production d'électricité renouvelable de la Belgique, on constate en effet qu'il ne représente qu'environ 2,5% de la production électrique totale. Bien que la production ait doublé entre 1995 et 2004. En 2004, l'énergie hydraulique ne représentait encore que 0,4% de l'ensemble et l'éolien 0,2%.

«Il serait illusoire de croire qu'on peut fournir des gros industriels ou les chemins de fer en énergie verte actuellement», lance Bruno Vanderschueren, responsable de Lampiris, le petit producteur liégeois spécialisé dans l'énergie verte.

Chez Luminus (SPE), malgré un volume de production vert de 12%, le second producteur belge d'électricité se refuse, de son côté, à proposer des contrats verts. «La production dans le pays est trop faible pour pouvoir proposer ce type de contrat», note Jan Robberecht, son porte-parole. Quant à se fournir à l'étranger, ce qui n'est plus une contrainte en Wallonie depuis la libéralisation, Luminus réfute cette possibilité en raison du niveau des prix hors des frontières.

Le coût du vert

L'énergie verte a en effet un coût lié à l'outil de production. «On l'estime globalement à 5 euros le MWh, pointe encore Jean-Pascal Bouillon. La consommation d'un ménage moyen étant de 3,5 MWh, le surcoût se situe entre 15 et 20 euros par an.»

C'est un facteur de résistance au glissement vers le vert. Il joue sans doute moins dans les cas d'une entreprise qui cherche avant tout à conforter son image d'acteur environnementaliste. «Pour Delhaize, sur la base de la consommation 2005, ce sera un coût annuel supplémentaire de 180.000 à 190.000 euros», admet Philippe-Henri Heymans. Le distributeur y a consenti contre la garantie que ce surcoût soit employé par Electrabel pour développer de nouvelles capacités de production renouvelables sur le territoire belge.

Autre facteur de résistance: la garantie que les électrons pour lesquels le consommateur a signé soient vraiment d'origine renouvable. Techniquement, il serait illusoire de croire que le consommateur qui a signé pour un contrat vert recevra bien chez lui de l'énergie produite à partir d'une éolienne ou d'un barrage hydro-électrique. C'est un acte qu'il pose pour obliger son fournisseur à multiplier les sources renouvelables.

Par contre, celui-ci sera contrôlé au niveau européen pour garantir qu'il ne vende pas deux fois sa production renouvelable. Pour certifier le procédé, l'Union européenne a mis en place un processus de certification basé sur l'octroi de labels. «Ce label est accordé à un quota d'électricité renouvelable et le suit de sa production à son extinction, explique Annabelle Jacquet, secrétaire générale d'Edora, la Fédération des producteurs d'électricité de sources renouvelables. C'est la meilleure garantie qu'il ne puisse pas être réutilisé.»

Reste que signer un contrat d'électricité verte est un geste pour l'environnement qui demande nettement plus d'imagination que de recycler ses déchets.

J.-M. L.

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