L'Espagne paye cher sa victoire à la Pyrrhus contre EON

Le drapeau espagnol flotte toujours sur Endesa après la retraite de l'allemand EON mais la guerre pour le contrôle de l'électricien espagnol aura fait beaucoup de dégâts: Endesa amputée, des institutions de régulation affaiblies, des tensions entre Madrid et Bruxelles."A quel prix!", s'exclamait mardi le journal économique Expansion dans son éditorial, au lendemain de l'accord de partage d'Endesa entre l'espagnol Acciona, l'italien Enel et EON.

Car même si le gouvernement s'est réjoui de cette issue, une importante partie du groupe s'en ira flotter sous bannière allemande, et l'autre sera gérée par deux consuls, Enel à Rome, et Acciona à Madrid."C'est une solution qui permet à Endesa de continuer d'être une entreprise avec son siège en Espagne (...), et ses actifs historiques, le charbon en Espagne et le nucléaire restent unis", s'est félicité mardi à Bruxelles le ministre de l'Industrie Joan Clos.Les transferts prévus dans l'accord de partage, pèsent tout de même environ 11.000 MW de production.

"Au total, ces actifs représentent un peu moins de 30% de la capacité mondiale d'Endesa", a estimé mardi EON, qui prend ainsi des positions dans trois grands pays européens: Italie, Espagne et France."Le découpage d'Endesa était un des scénarios les moins plaisants pour le gouvernement espagnol puisqu'il signifie la disparition d'une des plus grandes compagnies énergétique espagnole", estimaient mardi les analystes de la banque portugaise Espirito Santo.Le syndicat UGT a, lui, critiqué "la ségrégation des salariés" consécutive à ce découpage.La victoire à la Pyrrhus de Madrid, aura fait aussi des victimes collatérales. La plus récente est le président de l'autorité des marchés financiers espagnols (CNMV), Manuel Conthe, qui a démissionné lundi.M. Conthe a quitté son poste après avoir été mis en minorité au sein de la CNMV. Il voulait être plus sévère avec Acciona et Enel, les deux actionnaires qui avaient les faveurs du gouvernement.Ce départ illustre 19 mois d'affrontements au cours desquels les instances espagnoles de régulation n'ont pas toujours été épargnées par le gouvernement.Ainsi, le tribunal de la concurrence avait rendu en janvier 2006 un avis négatif sur la première OPA, celle de Gas Natural, mais le gouvernement était passé outre.

Plus récemment, la Commission nationale de l'énergie (CNE) a opportunément modifié la liste des principaux opérateurs électriques en Espagne, une décision qui a eu pour effet de donner plus de coudées franche à Enel."Il est maintenant du devoir impérieux du gouvernement de restaurer la crédibilité de certaines institutions en théorie indépendantes et professionnelles, mais qui en pratique, ont perdu leur prestige", selon l'éditorial du journal Cinco Dias de mardi.Enfin, Madrid aura accumulé un important contentieux avec les autorités de Bruxelles depuis septembre 2005.

Les gardiens européens de la concurrence reprochent à Madrid d'avoir posé des conditions à EON alors qu'eux même avaient autorisé l'OPA allemande.Au sein de la classe politique espagnole, Endesa est aussi sujet de discorde. Le leader du parti d'opposition de droite PP, Mariano Rajoy a déclaré que toute cette affaire était "un scandale qui affectait le prestige de l'Espagne".

Mais il n'est pas sûr que le gouvernement sorte politiquement affaibli de ce combat: lundi, un sondage montrait qu'une majorité d'Espagnols soutenait l'interventionnisme du gouvernement qui a toujours dit qu'il estimait de son ressort d'assurer la sécurité énergétique du pays.

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