La mise en examen de Christophe de Margerie, un nouveau coup dur pour Total

La mise en examen du patron de Total Christophe de Margerie dans une affaire concernant un contrat gazier en Iran constitue un nouveau coup dur pour le groupe pétrolier français, déjà confronté au procès de la catastrophe écologique causée en France par le naufrage du pétrolier Erika.

(afp) Le directeur général Christophe de Margerie a été mis en examen jeudi dans l'affaire du projet de South Pars en Iran, contrat signé par Total en 1997, pour "corruption" et "abus de biens sociaux", a-t-on indiqué de source judiciaire.M. de Margerie avait déjà été mis en examen en octobre dans le dossier parisien de l'affaire dite "pétrole contre nourriture" en Irak, pour "complicité d'abus de biens sociaux et complicité de corruption d'agents publics étrangers".

Visé par une troisième affaire de corruption présumée au Cameroun, Total est par ailleurs aux prises avec les juges dans le procès de la catastrophe du pétrolier Erika en décembre 1999, ouvert depuis le 12 février.Toutes ces "casseroles" judiciaires ne font que s'ajouter au passif du groupe, qui bénéficie de la plus mauvaise image publique parmi les grandes entreprises françaises, selon un baromètre d'Ipsos d'octobre 2006 classant trente sociétés.Son image a été durablement ternie par la crise de l'Erika, par celle de l'explosion de l'usine chimique AZF de Toulouse en 2001, et par l'affaire du travail forcé en Birmanie, ouverte en 2002 et dans laquelle Total a bénéficié d'un non-lieu en juin 2006.Dernière polémique en date, la publication par Total en février d'un nouveau bénéfice annuel record de 12,6 milliards d'euros, qui a soulevé une vague d'indignation au sein de la classe politique française en plein campagne présidentielle.

La mise en examen de Christophe de Margerie, un mois seulement après son arrivée à la tête du groupe, s'ajoute à cette série noire, suscitant l'inquiétude des syndicats."C'est un acharnement qui n'est pas très clair. N'y a-t-il pas des raisons politiques derrière tout ça, juste avant l'élection présidentielle", se demande Jean Alessandri, coordinateur CFDT.

Les analystes du CM-CIC s'interrogent, eux, sur une éventuelle "guerre des clans dans le management" de Total, soulignant que "la procédure judiciaire pourrait être nourrie d'informations internes à Total, visant à déstabiliser le nouveau directeur général, en le discréditant auprès des actionnaires anglo-saxons".Le CM-CIC rappelle que Christophe de Margerie, issu de l'Ecole supérieure de commerce de Paris (ESCP) est "le premier dirigeant de Total à ne pas être issu de l'Ecole Polytechnique", ce qui lui vaut certaines critiques alimentées par des "ambitions personnelles internes ou externes".Par ailleurs, des fonds de pension anglo-saxons, parmi les actionnaires de Total, pourraient être d'autant plus sensibles à sa mise en examen concernant l'Iran que des "lobbies conservateurs" visent "à exclure les entreprises non américaines" d'Iran, comme en témoignent des "pressions récentes" rapportées "sur Shell et Repsol", souligne le CM-CIC.Or Total est actuellement en passe de lancer un projet destiné à la production de gaz naturel liquéfié (GNL) en Iran, Pars LNG, au sujet duquel Christophe de Margerie a réaffirmé dernièrement: "quand ce sera prêt, on le fera".Dans l'immédiat, sa mise en examen ne devrait cependant pas avoir de conséquences sur la gestion de l'entreprise, selon Total, qui a souligné que "rien ne l'empêchait de faire son travail".

"Tout ce qui est contraire à l'image forte du groupe pétrolier est un handicap", souligne cependant Jean Conan, coordinateur CGC de Total, estimant que le groupe doit déjà faire face à "un contexte de concurrence très forte".Vendredi à la mi-journée, l'action Total prenait 1,02% à 51,52 euros à la Bourse de Paris, dans un marché en hausse de 0,17%.

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