Suez: tour de passe-passe de 20 milliards et unification du pôle énergétique

Le groupe français Suez annoncera demain matin un tour de passe-passe comptable d'une valeur de 15 à 20 milliards d'euros ainsi qu'une réorganisation de son pôle énergétique, nous a confirmé mercredi matin une source proche du dossier, précisant qu'un conseil d'administration traitera de l'ensemble de ces sujets cet après-midi chez Suez, à Paris. Ce tour de passe-passe implique le rachat de Tractebel par Electrabel.

(L'Echo) Le groupe français spécialisé dans l'énergie et l'environnement Suez annoncera jeudi matin, en marge de ses résultats 2006 et des modalités de son squeeze-out sur sa filiale à 98,62% Electrabel, un tour de passe-passe comptable d'une valeur de 15 à 20 milliards d'euros ainsi qu'une réorganisation de son pôle énergétique, nous a confirmé mercredi matin une source proche du dossier, précisant qu'un conseil d'administration traitera de l'ensemble de ces sujets cet après-midi chez Suez, à Paris.

Quelques heures plus tôt, le quotidien "Le Soir" avait indiqué qu'Electrabel, qui avait reporté l'annonce de ses résultats annuels d'hier soir à ce soir sans en préciser la raison, allait racheter pour 15 à 20 milliards d'euros Tractebel, la société qui loge les participations du groupe dans le gaz et l'électricité à l'international, le bureau d'ingénieurs ainsi que les participations dans Distrigaz et Fluxys détenues par Suez.

"A première vue, cette valorisation est en ligne avec notre valorisation de ces actifs", commente Koen Dirckx, qui suit le titre pour le compte de KBC Securities.

"L'objectif stratégique est multiple, nous a commenté une source. Il s'agit évidemment d'une optimisation financière que nous devons faire pour rééquilibrer la situation bilantaire du groupe. Nous avions intérêt à placer de l'endettement sur Electrabel (le sien étant quasi nul) et à remonter ainsi les liquidités. Cela ne change rien aux actifs du groupe. En revanche, cela nous permettra par ailleurs de placer sous une seule direction tout le pôle énergétique du groupe. Electrabel pourra donc profiter d'une nouvelle dynamique internationale."

Alors que la position cash d'Electrabel est positive, la dette nette de Tractebel atteignait 6,2 milliards d'euros fin 2005.

Et le projet de croissance est de taille. D'après une source proche du dossier, la capacité de production d'Electrabel doit passer dans les 5 ans de 50 à 75.000 mégawatts, alors que "Le Soir" évoque un passage de 35 à 70.000 mégawatts. "Le parc de production d'Electrabel va passer de 50 à 75.000 mégawatts d'ici 5 ans, insiste notre source. La différence représente environ 25 nouvelles centrales nucléaires, à un coût unitaire d'environ 3 milliards d'euros. C'est évidemment une image. Nous ne ferons pas que du nucléaire. Nous avons par exemple un gros projet de barrage au Brésil. Cette acélération de notre croissance doit permettre de rendre Electrabel et Suez encore plus attractives. Ce qui n'est évidemment pas un obstacle au mariage avec Gaz de France." Selon un expert belge, tant ce délai que le coût sont peu réalistes. Le temps de construction d'une centrale nucléaire est de dix ans en moyenne et le prix dépasse largement 3 milliards d'euros, précise l'expert.

Electrabel dispose actuellement d'une capacité de production installée de 29.000 mégawatts, alors que celle de Tractebel atteint 24.000 mégawatts.

Pour rappel, Suez va lancer par ailleurs une offre de reprise sur le solde du capital d'Electrabel qu'elle ne détient pas encore (1,38%). Les conditions de cette opération seront rendues publiques ce jeudi 8 mars avant Bourse. A 507 euros, soit le cours auquel s'échangeait le titre Electrabel avant sa suspension de cotation, l'opération avoisinerait les 382,98 millions d'euros.

Suez avait annoncé il y a quelques semaines le lancement d'une offre publique combinée réservée aux membres et anciens membres d'Electrabel. Il s'agit des titulaires des 100.114 actions émises dans le cadre d'augmentations de capital réservées au personnel de l'électricien belge en 2001-2002. Le prix de cette offre avait été fixé à 309,52 euros et 4 actions Suez, c'est-à-dire un montant global de 459,08 euros.

Xavier Degraux

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