Après Dow Jones, Reuters suscite la convoitise dans la presse financière

L'intérêt des investisseurs pour l'information financière s'est confirmé vendredi avec l'annonce d'un rachat éventuel du groupe britannique Reuters, trois jours après l'OPA lancée sur son concurrent américain Dow Jones par Rupert Murdoch.

(afp) Reuters n'a pas dévoilé l'identité de l'éventuel acquéreur, mais les noms de son concurrent canadien Thomson Financial, du moteur de recherche sur internet américain Google et de News Corp circulaient sur le marché."La rumeur porte surtout sur Thomson. Mais on parle aussi de Google", a déclaré un courtier d'une banque américaine à Londres, jugeant la holding de Murdoch moins bien placée.La nouvelle a fait gagner jusqu'à 32% à l'action Reuters à la Bourse de Londres, valorisant le groupe à 8,1 milliards de livres (environ 11,9 milliards d'euros). Le titre a grimpé à 649,75 pence, au plus haut depuis janvier 2002. Il a toutefois valu 2,5 fois plus cher en 2000."Il n'est pas certain qu'une offre d'achat formelle sera faite, ni que les autorisations nécessaires, dont celles requises par les statuts de Reuters, seront délivrées", a souligné le groupe dans un communiqué.

Ces statuts interdisent à tout actionnaire de posséder 15% ou plus du capital de l'entreprise. Une fondation chargée d'assurer "l'indépendance et l'impartialité" du groupe peut en outre bloquer tout rachat, grâce à une "golden share" lui assurant 30% des droits de vote en assemblée générale.

Mais une reprise du groupe à l'amiable est possible, selon Reuters.Le secteur de la presse financière est en ébullition depuis le lancement, mardi aux Etats-Unis, d'une OPA de 5 milliards de dollars par News Corp, la holding de Rupert Murdoch, sur le groupe Dow Jones, propriétaire de l'agence d'informations du même nom et du Wall Street Journal.Dow Jones est un concurrent de Reuters dans l'information économique, mais ce dernier, s'il est surtout connu mondialement comme agence de presse, tire plus de 90% de ses revenus des services financiers, secteur dans lequel il est présent depuis 1851.Reuters fournit en particulier aux banques, maisons de courtage et fonds d'investissement quantité de données en temps réel (cours des actions, des monnaies, des matières premières, des obligations, etc.) et leur sert aussi de plate-forme d'échanges pour certains produits.Dans ce domaine, le groupe compte 14.500 salariés et 370.000 clients, pour un chiffre d'affaires de 2,4 milliards de livres en 2006.

Outre Thomson Financial, son grand rival est le groupe américain Bloomberg.Son agence de presse (texte, photographie, vidéo) emploie quant à elle 2.400 personnes dans 131 pays, pour un chiffre d'affaires de 170 millions de livres en 2006 (249 millions d'euros au taux de change actuel).Selon les analystes, le repreneur le plus probable est Thomson Financial, qui vient de faire son entrée sur le marché de l'information financière en rachetant à l'AFP l'agence britannique AFX News, et compte vendre cette année sa branche d'éducation et de formation.

Le groupe canadien, qui emploie près de 32.000 personnes, a réalisé un chiffre d'affaires de 6,7 milliards de dollars en 2006.Mais certains courtiers n'excluent pas non plus une offre de fonds d'investissement. "Tout le monde peut être intéressé par le groupe. Après son plan de réduction des coûts, c'est un actif de qualité", a souligné l'un d'eux.Après une perte record en 2002, Reuters a taillé dans ses effectifs, supprimant 3.000 emplois et délocalisant certains en Asie. Il s'attache depuis à renforcer sa présence dans les pays émergents, en particulier en Chine et en Inde, où le marché de l'information financière et des échanges électroniques est en plein boom.

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