COMMENTAIRE: L'actionnaire retrouve ses droits ...et ses devoirs

La Cour d'appel de Bruxelles a décidé de suspendre la vente de Fortis. C'est désormais aux actionnaires de prendre leur destin -et celui des employés de la banque- en mains.

Bruxelles (L'Echo) - Qui aurait pu le croire? Qui, alors que le personnel de Fortis s’habituait à voir la vie en vert et que les actionnaires de Fortis Holding se perdaient dans de savants calculs sur la valeur future du coupon 42?Qui quand les clients de l’ex-première banque du pays ont encore des poussées nocturnes de sueurs froides à l’idée de ce qui aurait pu arriver à leur épargne ?

Qui, lorsque un tribunal de commerce dit « non » en première instance allant à contresens du réquisitoire du ministère public et que, en appel, ce même ministère public marche à reculons, qui pouvait encore espérer que la vente à la sauvette de Fortis Banque puisse être suspendue.

Mischaël Modrikamen y a cru. Jusqu’au bout. Et ce n’est étonnant que pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de jauger l’étendue de sa pugnacité dans le dossier de la fusion Kredietbank/Cera/ABB, il y a une dizaine d’années.

Ce sera donc aux actionnaires de Fortis Holding de prendre leur destin en mains. Un beau cadeau de Noël mais aussi une responsabilité comme rarement de petits porteurs (épargnants et membres du personnel de Fortis) auront eu à assumer. Un poids que devront aussi partager les investisseurs institutionnels et historiques de Fortis comme Solvay, Brederode, Ackermans & van Haaren, Bois Sauvage et fonds de toutes sortes, dans la mesure de leurs titres encore en portefeuille… Sans parler de Ping An.

Le 19 décembre, c’est-à-dire, vendredi, ils se retrouveront tous pour un premier test. L’ordre du jour sera aussi simple que capital :  acceptez vous de reporter le vote sur la poursuite des activités ? En d’autres termes, acceptez-vous de donner un autre avenir à Fortis que celui conçu par les responsables politiques.

Ces derniers ont agi dans une situation d’extrême urgence et face à une situation critique et inédite mais viennent de se faire siffler par la Cour d’appel. Eviter le poujadisme politico-boursier et agir dans la sérénité doivent désormais guider les choix de chacun.

Après cette première étape viendra le temps de la négociation avec, en ligne de mire, l’AG du 12 février. Négocier un meilleur prix avec BNP Paribas, créer une grande banque avec Dexia,…tout devient désormais possible.

Une métaphore illustre bien l’affaire Fortis.

La maison (Fortis) que vous (actionnaires)  possédiez en co-propriété a pris feu à cause d’un court-circuit (subprime) du à un câblage électrique (produits structurés) dont la gérance (management) ne savait plus lire le plan. Les pompiers (le gouvernement) et les services de prévention (CBFA) face à un désastre d’une telle ampleur ont choisi une lance d’incendie puissante avant de recourir, contraint par un drame similaire qui se jouait au Pays-Bas, de sortir la grande échelle (vente à BNP Paribas) pour sauver les meubles. Et cela sans vous demander votre avis, à vous, les co-propriétaires.

Mais aujourd’hui, votre assureur habitation (Cour d'appel) vous a rendu vos droits. C’est à vous de jouer maintenant en tenant compte de l’avenir de vos locataires (le personnel de Fortis). Etre actionnaire, c’est aussi être responsable !

Stéphane Wuille

 

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