Groenink: 'le consortium responsable de la chute d'ABN Amro'

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Rijkman Groenink s'est expliqué devant une commission parlementaire sur les raisons de la reprise ratée d'ABN Amro et de la crise bancaire aux Pays-Bas. Il a notamment mis en cause les méthodes des repreneurs d'ABN Amro, dont Fortis.

Amsterdam (L'Echo) - " J'accuse ". C'est quasiment sur le ton de l'article de Zola que l'ancien patron d'ABN Amro, Rijkman Groenink, a voulu remettre les pendules à l'heure lors de son passage mercredi devant commission parlementaire enquêtant sur les raisons de la crise.

Après les critiques feutrées de ces derniers jours de personnalités qui ont globalement " mis dans le même sac " la banque centrale, le ministère des Finances, les comptables et les pratiques en cours dans le monde bancaire pour leur rôle dans la crise bancaire qui a mis à plat le système économique néerlandais, Rijkman Groenink a enfoncé le clou.

A côté d'une sévère autocritique en concédant les erreurs de son management au sein de l'ex-première banque du royaume, il n'a pas hésité à décocher des flèches en direction des autorités pour leur politique de laisser-faire face à l'OPA inamicale du consortium. Sans compter ses appréciations peu amènes sur les méthodes dilettantes des repreneurs d'ABN Amro, dont Fortis.

L'homme qui a empoché des millions d'euros en cédant la banque qu'il dirigeait, a ainsi fustigé l'amateurisme du consortium. " Son offre était étrangement élevée. Le consortium s'est basé sur les chiffres de l'exercice 2005 et a à peine fait une étude des comptes. Vouloir ensuite démanteler ABN Amro me paraissait bizarre et irresponsable. J'ai dit au ministère des Finances que cela n'était pas souhaitable ", s'est lâché Rijkman Groenink.

Pour autant, tout le monde semble avoir fait la sourde oreille. " La banque centrale et le ministère des Finances auraient dû  dire à Fortis qu'il n'avait pas la puissance financière de reprendre ABN Amro et faire connaître au consortium leurs objections à cette acquisition ", a témoigné Rijkman Groenink devant les parlementaires. " Dans d'autres pays, les autorités n'auraient pas toléré une offre inamicale sur une grande banque ", a-t-il aussi regretté.

En regard, l'ex-banquier s'est livré à une autocritique en règle sur ses erreurs commises. Il a ainsi regretté de n'avoir pas donné sa démission après la réussite de l'OPA du consortium. Il concède aussi des fautes stratégiques comme l'acquisition de la banque italienne AntonVeneta qui a rendu ABN Amro " fragile face aux fonds activistes ".

De toute évidence, Rijkman Groenink n'avait pas non plus la mainmise sur toutes les affaires. " J'aurais dû réduire les risques et rétablir les fonds propres plus rapidement ", a-t-il admis. Il a même qualifié de " faute de débutant " le fait d'avoir fixé à la banque des objectifs trop ambitieux jamais atteints.

Mais pour lui, le consortium est avant tout le grand responsable de la chute d'ABN Amro. " Si ABN Amro n'avait pas été acquis, la banque aurait pu survivre à la crise financière sans recevoir des milliards d'euros d'aides de la part de l'Etat ".
Quant aux raisons ayant précipité le secteur bancaire vers sa perte, elles sont limpides selon le banquier déchu. " A un moment donné, le secteur bancaire a été examiné de près par les analystes et les actionnaires du fait de ses faibles rendements. D'où les produits et les services à grosse marge qui ont été ensuite lancés. Mais les risques ont augmenté en conséquence alors que les banques n'avaient pas assez de répondant en capitaux ", a analysé Rijkman Groenink.

Et de fustiger aussi la politique des bonus qui a abouti à une trop grande prise de risques. " Les bonus accordés aux traders devaient se répercuter aux autres stades de la hiérarchie, sinon une promotion n'aurait pas eu de sens ", a raconté le dirigeant qui a touché plus de 25 millions d'euros en vendant ABN Amro au consortium. " Cette somme était moins élevée que les indemnités allouées généralement par les banques d'affaires ", s'est-il défendu.

Rendement, bonus, course aux acquisitions, les Pays-Bas n'ont pas échappé à ces pratiques sujettes à caution du secteur bancaire dignes de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf. On connaît la fin de la fable mais encore celle de la crise.


Didier Burg

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