L'argent "hallal" voué à faire de plus en plus d'adeptes

La finance dite islamique est promise à un bel avenir dans le monde grâce à l'afflux de pétrodollars et à l'intérêt grandissant que lui portent les banques traditionnelles.

(afp) La finance dite islamique, car respectueuse de la charia qui proscrit l'usure, est promise à un bel avenir dans le monde grâce à l'afflux de pétrodollars et à l'intérêt grandissant que lui portent les banques traditionnelles, affirment des experts.

Selon l'agence américaine Standard and Poor's (S&P), les actifs du secteur s'élèvent désormais à 500 milliards de dollars, grâce à une croissance supérieure à 10% par an depuis une décennie. Alimentée par la flambée des prix de l'or noir, elle bénéficie aussi d'un succès croissant dans le public comme dans les milieux d'affaires orientaux et occidentaux.

"La hausse de la demande dans le monde pour des produits et des services financiers respectueux de la charia alimente une rapide expansion du secteur de la finance islamique", constate Anouar Hassoune, analyste de S&P. Cette dernière, apparue dans sa forme moderne au milieu des années 1970 avec la fondation de la Dubaï Islamic Bank et de l'Islamic Development Bank, s'oppose au caractère fixe et prédéterminé du taux d'intérêt (riba en arabe). Son principe de base est la rémunération de l'argent prêté via le partage des pertes et profits d'actifs tangibles, sur lesquels toute transaction financière doit être fondée. Elle interdit aussi d'investir dans certains secteurs comme l'alcool, le jeu ou l'armement.

Standard and Poor's estime que la part de marché des banques "hallal" est de 12% en Malaisie et de 17% dans les six Etats du Golfe que sont l'Arabie Saoudite, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, les Emirats arabes unis et le sultanat d'Oman. La demande se développe aussi en Tunisie et au Maroc. Ces pays sont aussi leaders pour les "sukuks", obligations qui, à la différence des bons du Trésor classiques, ne portent pas intérêt. "A la place, celui qui souscrit à l'obligation reçoit une part des bénéfices générés par les actifs que l'emprunt sert à financer", explique Ambreesh Srivastava, de l'agence Fitch. Ces actifs peuvent être des autoroutes, des complexes immobiliers ou des puits de pétrole par exemple. Selon le fournisseur de données Dealogic, le gouvernement et les entreprises de la Malaisie ont émis pour 8,5 milliards de dollars de sukuks en 2006 et pour 2,9 milliards depuis le début de l'année, soit environ 80% du marché, devant les Emirats arabes unis et le Pakistan. Mais les grands pays musulmans n'ont pas de monopole en la matière. Une compagnie pétrolière du Texas a émis un sukuk l'an dernier et le Trésor britannique a annoncé cette semaine qu'il comptait le faire, ce qui serait une première pour un Etat occidental.

Le Royaume-Uni, où la communauté musulmane avoisine les deux millions de personnes, est déjà très présent dans le secteur: il a autorisé dès 2004 une banque de détail 100% musulmane, l'Islamic Bank of Britain. Une banque traditionnelle, Lloyds TSB, y propose aussi un compte courant, un compte étudiant et un fonds de placement conformes à la charia, et a lancé début avril des produits islamiques à destination des entreprises. Sur le marché obligataire, les britanniques Standard Chartered et Barclays et l'américaine Citigroup rivalisent depuis le début de l'année avec chacune environ 6 pc des sukuks émis dans le monde, derrière la malaisienne CIMB (30%) et les Etats émetteurs (26%), d'après Dealogic. La britannique HSBC et la suisse UBS sont également présentes dans le secteur. "La finance islamique, de niche, va s'imposer comme une solution valable pour tous et devenir un marché courant", a assuré récemment dans la presse Darshan Bijur, en charge de la finance islamique au sein du cabinet d'audit et de conseil KPMG.

Photo Bloomberg

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