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L'intégralité de l'interview de Karel De Boeck

A trois jours des AG de Fortis Holding qui doivent se prononcer sur la vente de Fortis Banque à BNP Paribas, le patron appelle à dépasser l'émotion.

Bruxelles (L'Echo) - Mardi et mercredi se tiendront à Gand et à Utrecht les assemblées générales de Fortis Holding. Les actionnaires sont, une nouvelle fois, sont appelés à se prononcer sur la vente de Fortis banque à BNP Paribas. L'élection du nouveau conseil d'administration est aussi à l'ordre du jour.

À la veille de ces AG cruciales, nous avons rencontré un patron de Fortis Holding très en forme. Hué lors des précédentes assemblées, Karel De Boeck parle avec humour de son éventuel reclassement dans « la récolte des potirons » en cas d'éjection de son fauteuil de leader, mais également de sa dose quotidienne de « Modrikament » (sic). Néanmoins, le sérieux est de mise lorsqu'on aborde l'avenir de Fortis.

À quelques jours des assemblées générales (AG), quel est votre ultime message aux actionnaires ?

Je pense qu'il est temps de faire place à davantage de clarté pour tout le monde. Le deal avec BNP Paribas a été amélioré. Néanmoins, il nous a confrontés à un dilemme entre la vague émotionnelle, voir la plus grande banque du pays partir à l'étranger, et la valorisation de l'action. Autre message : nous avons également eu un « plan B » fin décembre, début janvier mais lorsqu'une partie telle que l'État belge, n'entend pas supporter le risque, alors nous ne pouvons pas poursuivre dans cette voie. Nous sommes dans le train et nous avons quitté cette gare-là.

L'aspect valorisation du portefeuille de l'actionnaire a-t-il pris le pas sur la vague émotionnelle ?

Je pense nous avons davantage progressé dans le processus de deuil qu'en février. D'ailleurs, avoir plus d'émotion qu'à cette époque n'est pas possible. Bien sûr l'émotion n'a pas totalement disparu, on la ressent encore chez Deminor. Du côté des institutionnels, l'émotion est moins grande même s'il faut savoir prendre ses pertes. Mais je pense que l'émotionnel s'éloigne car les personnes deviennent psychologiquement fatiguées de ce processus de deuil.

Attendez-vous une présence massive de l'actionnariat à ces assemblées ?

Selon un premier constat nous avons quelque 600 millions d'actions déposées contre quelque 580 millions lors des premières AG les 1 et 2 décembre et 530 millions lorsque la limitation aux actionnaires d'avant octobre était encore appliquée. Au total nous attendons quelque 3 000 personnes à Gand et 800 à Utrecht.

À la veille de ces AG, comment réagissent les actionnaires que vous avez rencontrés ?

Soyons clairs, certains actionnaires affirment voter non. Il s'agit le plus souvent d'actionnaires individuels, parfois même importants. Néanmoins, Risk Metrics et autres ont présenté une position positive sur tous les points et celle-ci est, dans la plupart des cas suivie par les institutionnels. Ping An, c'est son droit, n'entend toujours pas se prononcer.

Fort de ces constatations, quel est votre pronostic sur le vote des actionnaires ?

Je pense qu'on penche clairement pour un « oui » même sans connaître la position de Ping An. La levée des restrictions aux votes des actionnaires d'avant octobre renforce, selon moi, aussi le camp du « oui ». Néanmoins, si des nouveaux actionnaires, institutionnels ou non, sont arrivés dans le capital, d'autres comme Santander sont sortis.

Que se passera-t-il si le « non » l'emporte ?

Selon le Premier ministre, si le « non » l'emporte, l'État ne négociera plus ni avec BNP Paribas, ni avec nous. Nous tomberons donc dans le scénario du stand alone. Cela veut dire que les contrats antérieurs seront appliqués. Face à un tel scénario, Fortis Holding et L'État seront les seuls à financer le véhicule spécial avec les produits toxiques. Nous devrons alors investir 6,86 milliards d'euros dans ce véhicule et devrons encore quémander une aide de 2,3 milliards d'euros à l'État pour pouvoir financer ce véhicule. Au final, nous risquons de voir toute la valeur du Holding investie dans le véhicule de produits toxiques.

Le volet financement de ce SPV est-il désormais réglé ?

En grande partie tout est solutionné. Nous attendons encore l'aval de la commission européenne. Nous contribuerons au financement du SPV à hauteur de 760 millions d'euros, soit 45 % de 1,7 milliard. Il s'agit de la somme maximale que nous pouvons nous permettre de perdre dans cette construction. Si contre toute attente, le véhicule affiche des plus-values, nous obtiendrons 45 % de cette plus-value.

Et quelles sont les chances de plus-values ?

Différents facteurs interviennent. La valorisation du portefeuille crédit est actuellement plus basse que la mise de départ. Selon la Société Générale, nous avons trop provisionné ce portefeuille. Il y a aussi les coûts liés à la gestion de cette ligne de crédit et enfin, les revenus de celle-ci ; des revenus dépendants du taux interbancaire.

Compte tenu du financement du SPV, quels sont les moyens actuels de Fortis Holding ?

Dans la circulaire du 16 mars, nous avons indiqué que le cash de Fortis Holding s'élevait à 3,4 milliards d'euros dont 760 millions partiront dans le SPV. On peut encore compter sur un milliard supplémentaire provenant d'un prêt à la banque.

Nous disposons également de 7,5 milliards d'euros de fonds propres dont plus de la moitié investis dans des compagnies d'assurances : 75 % dans Fortis Insurance Belgique et le reste dans Fortis International Insurance. Ensemble, elles représentent 15 milliards de primes. Nous avons aussi 10 000 travailleurs et affichons un résultat nul qui comparativement aux pertes est un résultat encourageant. Nous avons donc un bon point de départ avec certes quelques dangers contre lesquels il faudra prendre se prémunir : rachat d'actions, reprise de dette, renforcement du capital, acquisition d'assureurs,…

Que sera Fortis Holding dans cinq ans ?

En gros, nous sommes redevenus le Fortis de 1990. La tendance aux comparaisons est donc grande mais il faut faire attention : nous n'allons pas acheter de banque, nous allons d'abord nous concentrer sur notre métier d'assurance.

Juste après l'assemblée, nous nous attellerons à la rédaction de notre plan stratégique, à la mise en place du nouveau conseil d'administration, à la simplification des structures juridique et opérationnelle internes. Si j'ose rêver, je pense à une croissance annuelle de 10 à 12 %, histoire de doubler dans 6-7 ans.

Le changement de nom est aussi à l'ordre du jour. Où en est-on ?


C'est une procédure longue et coûteuse qui doit être réglée dans les deux ans, mais nous voulons trouver une solution au plus vite. Nous devons maintenant réfléchir sur plusieurs points : ce changement portera-t-il sur l'appellation légale ou sur la marque ? Doit-on avoir le même nom dans toutes les entités géographiques, tous les canaux de distribution ? De plus la recherche d'un ou plusieurs noms doit prendre en compte la reconnaissance, les connotations éventuelles, la stratégie, les possibilités de logo. C'est une procédure qui va nous occuper au minimum pendant 18 mois.

Propos recueillis par Dominique Liesse

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