"La CNP n'investit pas pour le plaisir d'investir"

Gilles Samyn, administrateur délégué CNP

Dans l'ensemble, la holding cotée d'Albert Frère s'en sort bien en 2009. Mais les actionnaires mettent la pression : à quand les investissements. "Pas avant que l'environnement économique ne s'y prête", rétorque l'administrateur délégué, Gilles Samy qui préfère "rater une acquisition qu'en faire une et se tromper".

Bruxelles (L'Echo) - "Nous essayons de gérer en bon père de famille, d'éviter les catastrophes. 2009 n'a peut-être pas représenté beaucoup en terme de rendement global pour les actionnaires. Mais vous avez moins soufferts que le marché lorsqu'il baissait. A l'inverse, vous bénéficiez moins que le marché lorsqu'il monte". C'est avec ces mots que Gilles Samyn, l'administrateur délégué de la CNP, premier holding coté du groupe d’Albert Frère, a résumé l'année écoulée aux actionnaires de la Compagnie Nationale à Portefeuille réunis ce matin en assemblée générale.

Ils étaient 108 présents ou représentés, soit 73,3% du capital, à avoir approuvé avec une majorité confortable tous les points à l'ordre du jour. 2009 n'a certainement pas été un des meilleurs crus pour la CNP, comme l'a rappelé son président Gérald Frère, mais "notre activité s'est maintenue, la baisse des taux d'intérêt a eu un effet positif sur le résultat courant et le pay-out (ndlr, le taux de distribution du bénéfice aux actionnaires)" est à peine supérieur à 50%".

Dans l'ensemble, les performances courantes en consolidé ont tenu le coup. "Le résultat courant part du groupe est en baisse de 1%, mais grâce à l'annulation des 2 millions d'actions en 2009, le -1 se transforme en +1 pour les actionnaires (comprenez le résultat courant par action)", a souligné Samyn.

Il y a pourtant la problématique de l'endettement à long terme à taux fixe (4%) qui laissait craindre un impact de plusieurs dizaines de millions d'euros sur la rentabilité courante. "On va continuer à en souffrir probablement en 2010 et 2011, mais il y a quand même eu un lissage de l'impact négatif des modalités de taux", a souligné Samyn.

L'art du risque

Mais cette amélioration n'a pas été rendue possible sans prise de risques : la CNP a notamment investi une partie de la trésorerie dans un portefeuille d'obligations "corporate" - qui fait grincer des dents certains actionnaires - dont la vente a fort heureusement permis de dégager une plus-value de 11,4 millions d'euros. "On a joué sur les fondamentaux de la finance", a expliqué Samyn. "On a confié aux gestionnaires de grandes entreprises des capitaux pour sortir de la crise, car nous connaissions les risques. On a peut-être rajouté un risque au risque, mais c'est les yeux ouverts que nous avons fait ça".

En outre, le groupe a majoré sensiblement son portefeuille d'actions de trading. Dans le courant de 2010, une partie importante de ce portefeuille (250 millions d'euros) fera l'objet d'une reclassification en tant qu'actif détenu à plus long terme, afin de rallonger l'horizon de détention.

Pour le reste, la CNP a évidemment bénéficié des dividendes en hausse de Total, mais surtout de Transcor Astra. Par contre, elle a souffert de l'annulation ou de la diminution des dividendes, notamment chez DI, Imerys, Lafarge et M6.

La CNP, trop diversifiée?

L’année dernière s'est également illustrée par un certain nombre d'éléments exceptionnels. Une entreprise en particulier "n'a pas vu la crise", selon Samyn. Il s'agit d'Affichage Holding. "A elle seule, elle a accru l'impairment de 9 millions d'euros". Et il y a bien sûr, la participation dans le fromager Entremont. L'administrateur délégué de la CNP indique à ce sujet que "le problème, ce n'est pas que l'entreprise est mal gérée, mais c'est le secteur qui souffre". Une façon d'avouer qu'il s'agit là d'un mauvais investissement.

Autre gros dossier : la vente de sa participation dans Belgian Icecream Group. "Il n'y a pas de pression pour la vente. Nous n'avons pas l'intention de la brader", a simplement indiqué l'administrateur délégué. Même son de cloche pour Go Voyages, la CNP se bornant à confirmer qu'elle avait bien l'intention de céder sa part, mais qu'il n'y avait pas timing précis.

Un actionnaire a demandé à Gilles Samyn si la holding n'était pas trop diversifiée. "Si on a de bons gestionnaires, qu'on voit bien les cash flows et qu'on comprend l'industrie, il faut faire confiance au couple", lui a rétorqué l'administrateur délégué, non sans lui suggérer d'aller relire la "mission" de la CNP.

Quoi qu'il en soit, la CNP a rapporté à ses actionnaires, aussi bien en dividende qu’en accroissement de valeur boursière, un rendement annuel moyen de 12% sur dix ans. En valeur d’actif net, la performance sur la même période s’est élevée à 8,9%.

Au titre de 2009, les actionnaires se verront gratifiés d'un dividende brut de 0,835 euro, soit une augmentation de 7% par rapport à 2008. La mise en paiement interviendra le 22 avril 2010.

Et 2010?

En apparence, les échanges entre administrateurs et actionnaires étaient plutôt cordiaux. Mais à certains moments, une certaine pression était palpable dans l'assistance. Avec 700 millions d'euros en cash, certains se demandent en effet pourquoi la CNP n'investit pas davantage et si elle compte enfin s'y atteler en 2010. "On ne va investir pour le plaisir d'investir", a rétorqué Samyn. Et d'ajouter : "on préfère rater une acquisition qu'en faire une et se tromper".

Ce qui ne veut pas dire que la holding n'a pas de guidance. "Ce qu'on vous dit et qui est important pour vous, c'est que le dividende, lui se portera bien en 2010 et en 2011", a-t-il insisté.

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