Vague de critiques au Royaume-Uni

(afp) - L'annonce que la banque Northern Rock allait être nationalisée a suscité lundi de nombreuses critiques en Grande-Bretagne, particulièrement à l'encontre du Chancelier de l'Echiquier Alistair Darling, déjà accusé d'inconstance dans ses projets de réforme fiscale.

Lors de sa conférence de presse mensuelle, organisée lundi à Downing Street, le premier ministre Gordon Brown, flanqué de M. Darling, a tenté de défendre la gestion de cette crise.

Il a affirmé que le gouvernement avait pris "les bonnes décisions" et a justifié le fait d'avoir pris cinq mois pour trancher sur l'avenir de l'établissement en soulignant qu'il aurait eu tort d'agir de manière précipitée.

Le gouvernement travailliste avait créé la surprise dimanche après-midi, en annonçant qu'il avait nationaliser la banque spécialisée dans le crédit immobilier, qui avait frôlé la faillite début septembre dans le sillage de la crise des "subprime" (prêts hypothécaires américains risqués).

Le chancelier devrait présenter lundi après-midi au Parlement le projet de nationalisation de Northern Rock, et la nationalisation devrait être effective d'ici quelques jours.

Dans l'opposition, si les libéraux-démocrates ont salué une nationalisation qu'ils défendaient depuis plusieurs mois, accusant seulement M. Darling d'avoir tergiversé inutilement, le candidat conservateur au poste de Chancelier, George Osborne, a dénoncé une opération qui ramène la Grande-Bretagne "dans les années 1970".

Cette décennie avait été marquée par une crise économique douloureuse et c'est à cette époque que remontait le dernier exemple de nationalisation pleine et entière d'une entreprise britannique, le groupe Rolls-Royce, cette fois sous l'égide d'un gouvernement conservateur.

Les deux candidats à la reprise du groupe de Newcastle (nord-est de l'Angleterre), le conglomérat Virgin du milliardaire Richard Branson et la direction de Northern Rock elle-même, dont les offres ont été jugées insuffisantes par le gouvernement, ont fait part de leur côté de leur vive déception.

Les actionnaires de la banque, qui risquent de ne recevoir qu'une compensation très maigre, voire nulle selon certains analystes (son montant sera fixé ultérieurement par une commission nommée par le gouvernement), ont également dénoncé la nationalisation, et certains ont menacé de combattre cette décision en justice.

De leur côté, la plupart des éditorialistes ne mâchaient pas leurs mots lundi, surtout à l'égard de M. Darling, qui venait déjà de se livrer la semaine dernière à une reculade sur un projet d'imposition des biens détenus à l'étranger par certains contribuables aisés et a vu sa réputation entachée à l'automne par un scandale de perte de données sensibles par les services fiscaux.

"De chancelier de fer à chancelier de l'hésitation, Alistair Darling s'est écroulé suite à une série d'incroyables contorsions", dénonçait notamment The Guardian, pourtant le plus à gauche des quotidiens de qualité, parlant d'un "moment de honte pour le gouvernement, qui a tenté pendant six mois d'éviter l'inévitable".

De son côté, le Daily Telegraph estimait que la "crédibilité du gouvernement Brown en matière d'économie a subi un coup sévère".

Exception notable, le quotidien de référence de la City, le Financial Times, se montrait compréhensif a l'égard de l'exécutif, affirmant qu'il avait pris une décision "délicate, difficile et non-idéologique", même s'il estimait qu'on peut se poser "des questions légitimes sur le fait qu'il a fallu cinq mois pour en arriver là".

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