Climat social tendu chez Fiat

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La confirmation par le patron Marchionne qu'il n'entendait pas revenir sur sa décision de fermer dans deux ans l'usine de Sicile avait déjà provoqué la colère des salariés.

(AFP) - Déjà tendu, le climat social s'est encore assombri chez Fiat après l'annonce par le groupe d'un arrêt de deux semaines de ses six usines automobiles italiennes, alors que le style à l'anglo-saxonne de son patron Sergio Marchionne heurte de plus en plus.

La confirmation à la mi-janvier par Marchionne qu'il n'entendait pas revenir sur sa décision de fermer dans deux ans l'usine de Termini Imerese en Sicile (sud) avait déjà provoqué la colère des salariés qui feront grève quatre heures mercredi.

Mais l'annonce mardi d'un arrêt de la production automobile en Italie durant deux semaines à partir du 22 février à cause d'un repli des commandes, qui va entraîner la mise au chômage technique de 30.000 salariés, a accru la tension.

"Fiat jette de l'huile sur le feu", a accusé Guglielmo Epifani, secrétaire général de la CGIL, le plus important syndicat italien.

Selon d'autres syndicalistes, le groupe cherche à faire pression sur le gouvernement qui met au point les modalités d'une prolongation de la prime à la casse, condition, pour Fiat, d'un retour aux profits après sa lourde perte de 2009.

Le gouvernement n'a pas caché son agacement.

La décision de Fiat "ne me semble pas opportune", a jugé le ministre du Développement économique Claudio Scajola, s'étonnant de ne pas avoir été informé de l'arrêt de production.

"Cela rend tout plus difficile mais j'espère qu'il sera possible de renouer le fil" du dialogue, a-t-il ajouté, alors qu'une table ronde avait lieu vendredi après-midi sur l'avenir de Termini Imerese.

Même l'Eglise italienne s'en est mêlée, demandant que le "cri des familles qui perdent leur travail soit entendu".

Un style de choc

Pour Giuseppe Berta, professeur à l'université Bocconi de Milan et spécialiste de Fiat, Sergio Marchionne, qui dirige également l'américain Chrysler racheté l'an dernier, "veut s'éloigner le plus possible" du jeu politique et social italien.

Une posture qui choque en Italie où Fiat, premier employeur du pays, est une entreprise hautement symbolique et où ses propriétaires, les Agnelli, sont parfois comparés à une famille royale.

"Nous sommes l'investisseur le plus important en Italie mais nous n'avons pas la responsabilité de gouverner le pays", a déclaré récemment M. Marchionne.

"Il adopte cette position par culture - de double nationalité italo-canadienne, M. Marchionne s'est installé au Canada dès l'adolescence - mais aussi pour démontrer aux Etats-Unis qu'il est capable de fermer une usine en Italie", souligne M. Berta.

"C'est une rupture historique", pense cet historien, alors que M. Marchionne avait redressé Fiat "avec une grande habileté, sans fermer d'usines, en créant un consensus social", la "Révolution Marchionne".

Peu connu en 2004 lors de son arrivée à la tête d'un groupe au bord du gouffre, il avait conquis politiciens, médias et syndicalistes, fascinés par son pragmatisme et sa capacité à surprendre.

Le patron a certes assuré en décembre qu'il était prêt à accroître la production en Italie en rapatriant l'assemblage de la Panda de Pologne vers Pomigliano (sud). Mais cela n'a pas suffi à calmer les salariés.

Alors que les Italiens ressentent de la "fierté" pour "une Fiat qui rachète Chrysler", "l'inquiétude, diffuse et légitime, est qu'il puisse y avoir moins d'attention pour la Fiat italienne", a résumé le ministre Scajola.

Une inquiétude que les Agnelli tentent d'apaiser. "Nous avons le coeur et la tête" à Turin, siège du groupe, a assuré John Elkann, petit-fils de "l'Avvocato" Gianni Agnelli et vice-président du groupe.

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