L'ex-patron de Vinci, Antoine Zacharias, en procès pour ses rémunérations

Quatre ans après son départ du groupe français Vinci, l'ancien PDG Antoine Zacharias comparaît jeudi et vendredi au tribunal de Nanterre, où il devra s'expliquer sur les conditions financières très avantageuses dont il a bénéficié lors de son départ à la retraite.

(afp) - Des salaires annuels de 3,3 millions d'euros en 2004, puis 4,2 millions d'euros en 2005, une indemnité de départ fixée à 12,8 millions d'euros, une retraite complémentaire annuelle à 2,1 millions d'euros, sans compter les plans de stock-options: ces chiffres, qui avaient fait scandale à l'époque, valent aujourd'hui un procès pour abus de biens sociaux à Antoine Zacharias, l'ancien patron du leader mondial du BTP et des concessions, âgé de 71 ans et retiré en Suisse.

Si M. Zacharias est reconnu coupable par la 15e chambre correctionnelle du tribunal de Nanterre, présidée par Isabelle Prévost-Desprez, il encourt cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende.

Le procès devrait être suivi de près par les milieux financiers: en effet, si les débats sur les salaires des dirigeants sont récurrents, les poursuites pénales sont beaucoup plus rares.

Après deux ans d'enquête préliminaire, le parquet de Nanterre dirigé par Philippe Courroye a estimé qu'Antoine Zacharias avait opportunément modifié les règles du jeu en sa faveur dès 2004, sans tenir compte de l'intérêt de la société.

L'épisode clé intervient en mai 2004, lorsque, selon l'accusation, le PDG fait procéder au renouvellement complet du comité des rémunérations du groupe, dont les trois membres, également administrateurs de Vinci, ont plafonné le salaire.

Quatre mois après son installation, un nouveau comité, présidé par le parlementaire britannique Quentin Davies va dans le sens de M. Zacharias.
Ainsi, la rémunération, entièrement indexée sur les résultats, passe de 2,9 millions d'euros en 2003 à 3,3 millions d'euros en 2004, puis 4,2 millions d'euros en 2005. Mais le changement a aussi des répercussions en cascade sur l'indemnité de départ (12,8 millions d'euros) et sur la retraite complémentaire annuelle (2,1 millions d'euros), calculés à partir du dernier salaire annuel, lequel vient justement de flamber.

Interrogés par la Brigade financière, les trois membres de l'ancien comité des rémunérations, Alain Minc, Serge Michel et Patrick Faure, n'ont pas caché qu'ils s'étaient sentis "débarqués" par le PDG.

Mais au procès, la défense de M. Zacharias ne devrait pas manquer de rappeler que ces derniers avaient approuvé tous les changements lors des conseils d'administration successifs, dont leur remplacement au sein du comité des rémunérations.

Selon des sources proches du dossier, aucun témoin ne devrait être cité à l'audience par les parties, ce qui ne rendra pas la tâche facile au tribunal.
Le parquet de Nanterre reproche également à l'ancien PDG de s'être fait attribuer 290.000 stock-options en 2004, puis 894.000 en 2005 et 700.000 en 2006.

Une partie de ces souscriptions d'actions avaient été annulées par le groupe après la démission forcée de M. Zacharias, le 1er juin 2006, sur fond de duel perdu avec son directeur général, Xavier Huillard. L'ex-patron de Vinci n'avait d'ailleurs pas hésité à réclamer une indemnisation record de 81 millions d'euros en justice, avant d'être débouté.

Quant au groupe Vinci, il est partie civile, mais un porte-parole a dit à l'AFP que la société ne réclamerait pas de dommages et intérêts à son ancien PDG.

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