La crise va-t-elle éradiquer le chaud wallon?

Les deux hauts-fourneaux liégeois ainsi que celui de Charleroi pourraient être les victimes de la surcapacité du marché européen. Le haut-fourneau de Carsid qui est à l’arrêt depuis le 11 novembre 2008, ne devrait pour l'instant pas être relancé.

Bruxelles (L'Echo)-

L’Europe de l’acier continue à broyer du noir. Après les chutes abyssales de la production enregistrées l’année dernière, le cru 2010 ne s’annonce guère meilleur. En Europe, par exemple, les usines sidérurgiques continuent à ne tourner en moyenne qu'à 68 % de leurs capacités, contre 80 % à 85 % en Asie, souligne une récente étude de l'OCDE. Résultat, nombreux sidérurgistes sont dans une situation de surcapacité. Une situation délicate qui risque de peser longtemps sur le secteur, empêchant les prix de remonter en flèche. Une tonne d’acier se négocie aujourd’hui entre 500 et 600 dollars. Elle était à plus de 1000 USD avant la crise.

Face à un marché européen atone, plombé par la crise du secteur immobilier et de l’automobile, les sidérurgistes se tournent aujourd’hui vers d’autres cieux. Où la croissance reste positive. Le géant mondial ArcelorMittal ne cache pas la relance de ses investissements au Brésil et en Chine. Croissance oblige.

Cette stratégie destinée à investir là où est la croissance comporte certains vices. Toujours selon l'OCDE, les industriels commencent en effet à relancer des projets d'expansion qui avaient été gelés avec la crise, si bien que la capacité mondiale de production d'acier pourrait passer de 1,8 milliard de tonnes cette année à presque 2 milliards en 2012. Parallèlement, la demande ne dépasserait guère 1,5 milliard à cet horizon. De quoi rajouter une solide concurrence. "Les risques d’exportation d’acier vers l’Europe sont importants", souligne ainsi un analyste désireux de garder l’anonymat

D’ici 2012, les sidérurgistes devraient donc rester accrochés à la situation actuelle. Sans véritable reprise, le mot d’ordre est toujours de lever le pied. Et garder sous cocon certains outils. Cette arme leur permet d’éliminer certains stocks d’acier près de leurs clients et éviter du même coup une chute des prix. La stratégie a montré ses effets en Belgique. L’année dernière, 4,5 millions de tonnes d’acier ont été produites, contre plus de 10,6 millions en 2008. Au niveau européen, la production est passée de 112,8 millions de tonnes contre 197 millions en 2008.

L’intervention sur le niveau de production va donc rester. Et certains outils emblématiques comme les hauts-fourneaux wallons devraient rester en veilleuse. C’est le cas notamment des deux hauts-fourneaux d’ArcelorMittal à Liège. Chez Carsid à Charleroi, le haut-fourneau est quant à lui à l’arrêt depuis le 11 novembre 2008. Son propriétaire, le groupe italien Duferco ne voit pour l’instant toujours pas de signes permettant une relance. Question de rentabilité explique son patron Antonio Gozzi. "Pour le relancer, il faudrait une stabilité des prix. Or, d’ici la fin du premier semestre, je ne vois pas d’amélioration. Le prix de revient a même chuté en septembre et octobre".

Mais au-delà d’une simple lutte contre la surcapacité en Europe, les producteurs protègent leur rentabilité. Avec quelles conséquences à moyen terme? Jusqu’à présent, les sidérurgistes se sont refusés d’évoquer une possible fermeture définitive de l’un ou l’autre site. Mais le risque n’est pas à écarter. Et les installations wallonnes semblent dans une mauvaise posture.

Si on se réfère à une étude publiée il y a quelques jours par Steel Business Briefing (SBB), les trois hauts-fourneaux wallons mis temporairement à l’arrêt font partie d’une liste des installations les plus vulnérables en Europe. SBB pointe au total 12 hauts-fourneaux susceptibles de ne jamais redémarrer si la situation économique se prolonge. Cette lettre spécialisée dans l’information sidérurgique veut cependant temporiser. Si elle pointe Liège et Charleroi tout comme Florange en France, elle met aussi en garde contre le coût d’une fermeture (coût social et de réhabilitation du site). "C’est effectivement plus facile de laisser un outil temporairement à l’arrêt tant que l’Etat supporte financièrement une partie des frais liés au chômage économique", souligne encore un analyste. Un avis que rejoint Marcel Genet. A l’origine d’un rapport commandité par la Région wallonne sur l’état de la sidérurgie dans la région, ce consultant de La place Conseil estime que cette situation de fermeture temporaire peut encore tenir un certain temps. "Les dirigeants sidérurgiques actuels ne veulent pas se lancer aujourd’hui dans une guerre des bassins. Il ne faut pas oublier que 70% de la capacité en Europe est contrôlée par des actionnaires familiaux qui protègent leurs intérêts économiques.".

François-Xavier Lefèvre

 

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