"La croissance n'est pas uniquement en Chine ou en Inde"

Joli baptême du feu. Arrivé fin 2008 à la tête du spécialiste en métaux et en technologie des matériaux Umicore, Marc Grynberg a été servi. A peine occupe-t-il son fauteuil de CEO que la crise économique s'abat dans le monde. Mais ce n'est pas pour lui déplaire.

Bruxelles (L'Echo) - Joli baptême du feu. Arrivé fin 2008 à la tête du spécialiste en métaux et en technologie des matériaux Umicore, Marc Grynberg a été servi. A peine occupe-t-il son fauteuil de CEO que la crise économique s'abat dans le monde. Mais ce n'est pas pour lui déplaire. " Je préfère prendre les rênes d'une société en bonne santé dans un environnement difficile que de devoir faire des restructurations. L'année dernière, nous avons pu continuer à travailler sur des projets à long terme. Ce poste n'a donc pas été un cadeau empoisonné. "


Les résultats publiés, l'heure est donc à un premier bilan 2009.


Vous venez de boucler vos résultats pour 2009. Vos conclusions ?
Je trouve qu'on s'en est bien sorti quand on voit la baisse de la demande face à laquelle nous avons du faire face dans certains secteurs de l'industrie comme la construction ou l'automobile. Depuis 2002, le monde a connu une période de forte croissance pendant laquelle Umicore a investi pour saisir les opportunités. Le choc a donc été d'autant plus rude en 2009. Heureusement, nous avons réagi rapidement sans paniquer en ajustant la voilure là où les marchés l'exigeaient. Ce fut le cas dans les catalyseurs  notamment. Ces décisions ont toujours été prises toujours en tenant compte de nos ambitions à moyen et plus long terme.


Selon vous, 2009 est une année anormalement basse ou inversement 2008 était exceptionnellement élevée ?
Toutes les tendances en 2007 et 2008 étaient à la hausse. Les résultats 2009 sont certes plus bas que 2008 mais vu l'évolution des marchés, notre performance est tout à fait valable.  


Comme d'autres industries, Umicore s'est lancée dans un plan de réduction des coûts. Vous ne donnez pas de chiffres mais vous avez annoncé la perte de 800 emplois. Est-ce essentiellement dans les pays industrialisés ?
Non, aucun continent n'a été épargné par la crise et les réductions d'effectifs. Nous continuons par ailleurs à créer des emplois dans des secteurs et régions à forte croissance. Une partie importante de l'amélioration de nos résultats dans le deuxième trimestre provient de réduction des coûts. L'impact économique de ces réductions devrait se faire sentir en 2010 encore.
Parallèlement, nous avons investi 200 millions en 2009. Les chiffres devraient être similaires pour 2010. Ces investissements sont essentiellement des investissements de croissance. Or, la croissance n'est pas uniquement en Chine ou en Inde. Nous investissons également aux USA, en Corée, en Allemagne et en Belgique. Nous ne faisons pas une fixation géographique. La localisation de ces investissements est une conséquence des besoins de croissance de nos segments.

Avant la crise, vous avez revendu vos activités zinc et cuivre. Avec comme objectif, rendre l'entreprise moins vulnérable aux cycles de l'économie. Mais on le voit avec votre branche catalyseurs touchée par la crise automobile, il est impossible d'échapper aux cycles.
En vendant notre cuivre et notre zinc, nous avons réduit notre cyclicité ainsi que notre exposition aux prix des matières premières. Mais c'est vrai que la cyclicité ne peut être jamais éliminée. Mais d'un autre côté, si on se replace il y a dix ans, en bas de cycle, Umicore aurait été incapable de livrer ce genre de prestation comme ce fut le cas en 2009. Mais je ne le cache pas, nous restons liés aux matières premières ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose : à moyen terme, cela peu avoir un impact sur la rentabilité.


Vous produisez des catalyseurs pour l'automobile. Umicore est l'un des leaders mondiaux dans ce domaine. Comment voyez-vous l'arrivée des voitures électriques. Une menace ?
Non, on ne voit pas la voiture électrique comme une menace. Il s'agit d'une opportunité. D'ici 2015, la production d'automobiles devrait tourner autour de 80 millions de véhicules, soit toujours une croissance par rapport à 68 millions en 2007. L'industrie prévoit une croissance en particulier dans les marchés émergents comme la Chine. Par conséquent, même si l'on prévoit une pénétration de 10% pour les voitures hybrides ou électriques en 2015, il reste un potentiel de croissance pour les catalyseurs. Dans les marchés émergents, les habitants ne peuvent pas nécessairement se permettre d'acheter des véhicules électriques trop coûteux.  La croissance d'Umicore dans les batteries rechargeables devrait donc s'ajouter à celle des catalyseurs.


Parallèlement, vous faite des recherche dans le développement de piles à combustible ou dans le monde des batteries rechargeables. Faut-il comprendre que ces activités sont destinées à remplacer un jour ou l'autre vos catalyseurs. Ou du moins prendre le relais de la croissance ?
Il n'y a pas de balancement d'activités de l'un vers l'autre. Nous croyons à ces deux activités qui vont croître simultanément. Mais c'est vrai que le développement des batteries rechargeables devrait connaître une accélération plus marquée d'ici quelques années.

Vous partagez avec Solvay une joint-venture qui travaille sur les piles à combustible. Peut-on imaginer un rapprochement plus important entre les deux groupes ?
Si d'autres partenariats technologiques sont possibles, on le fera. Mais il n'y a pas de discussions d'un éventuel rapprochement plus important  entre les deux groupes.


Vos prévisions sont prudentes voire inexistantes. Pourquoi ? Faut-il comprendre que la situation reste difficile aujourd'hui.

On ne donne jamais de prévisions chiffrées en début d'année. C'est trop tôt car il y a encore beaucoup d'interrogations. Ce n'est pas un exercice de prudence. On attend simplement les chiffres du premier trimestre pour vérifier nos hypothèses émises. Mais le scénario de base que nous avons est celui d'une reprise graduelle. Nous ne voyons pas une reprise de la demande suffisamment rapide pour revenir à des niveaux d'avant crise avant 2012 dans la plupart de nos activités. En ce, notre scénario de base est inchangé par rapport à nos précédentes communications.

Vous évoquez également des acquisitions. Par envie de croissance ?
Il ne s'agit pas de se substituer à une absence de croissance organique. Les acquisitions sont là pour accélérer la croissance organique dans nos différents domaines d'activités. Si on en trouve dans les catalyseurs, les matériaux pour la production/stockage d'énergie ou les matériaux de recyclage, on les étudiera.


Votre stratégie pourrait-elle demain ouvrir le groupe à une certaine diversification ?

Non, il n'y a pas besoin de diversification.  Nous allons concentrer nos efforts de R&D dans nos domaines de technologies propres. Nos développements stratégiques sont le moteur de notre stratégie.

Propos recueillis par FXL

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