Le modèle social et industriel européen d'Airbus à l'épreuve

L'annonce du plan "Power8" de réorganisation d'Airbus, qui vient d'être reportée, va mettre à l'épreuve un modèle social et industriel unique, qui a permis à l'aéronautique européenne de rattraper puis faire jeu égal avec celle des Etats-Unis en une génération.

(afp) Alors que le grand rival américain Boeing a connu nombre de crises et de plan de réduction d'effectifs drastiques, Airbus, plus jeune et protégé des contraintes du marché boursier jusqu'en 2001, a traversé les crises et les surchauffes cycliques de l'aéronautique sans les coups d'accordéon qui ont fragilisé le savoir-faire de son concurrent, soulignent les syndicats.

Airbus, qui emploie quelque 56.000 personnes en tout (31% en France, 36% en Allemagne, 18% au Royaume Uni et près de 6% en Espagne), "s'est bâti sur une politique contractuelle, et des accords successifs" note Philippe Fraysse, délégué Force Ouvrière (FO), le syndicat majoritaire côté français. "Il y a très rarement eu de grandes grèves ou de plans sociaux, on a toujours discuté de tout" ajoute-t-il en espérant que "Power8" "ne va pas changer cet état de chose".Mais l'accumulation des pressions boursières, les relents de nationalisme entre la partie allemande et la partie française, qui ont provoqué le report de l'annonce du plan lundi, mettent à mal ce modèle, dans un climat pré-électoral tendu en France.Selon Jean-Jacques Desvignes (CGT), "l'entente syndicale CGC-FO-CFTC", qui a maintenu la paix sociale durant trente ans chez Airbus "à coup de donnant-donnant avec la direction", un système "très fort et unique", a rencontré "ses limites". "Ce modèle de cogestion est au bout", dit-il.En Allemagne, des manifestations ont réuni près de 25.000 salariés selon IG Metall le 2 février. En France, une grève de deux heures le 6 février sur l'ensemble des sites d'Airbus à l'appel de l'intersyndicale, très suivie, "une première pour Airbus" selon M. Fraysse (FO), a également constitué un avertissement."On n'est pas à l'abri d'une grève européenne" menace FO, qui a rencontré récemment IG Metall."+EADS (maison-mère d'Airbus) c'est 40% de fonds de pension américains+ qui exigent une rentabilité immédiate", dénonce la CGT. "Ce n'est plus un groupe industriel, c'est un groupe financier", ajoute-t-elle."Nous ne sommes pas inquiets sur des fermetures d'usine car nous avons cinq ans de travail devant nous et 2.000 avions en commande" explique FO, qui redoute en revanche les ventes d'établissements annoncées. "Ce que nous craignons c'est le +modèle Boeing+, c'est-à-dire qu'Airbus ne garde que la conception, l'assemblage final et la livraison, et que tout le reste soit externalisé" dit M. Fraysse. "Chez Boeing, 80% de la construction des avions est externalisée, nous ne sommes qu'à 40-45%" ajoute-t-il.

Le PDG d'Airbus Louis Gallois a déjà annoncé qu'il confierait 50% de la construction des structures du futur long courrier A350 à des partenaires extérieurs.

"Derrière la sous-traitance, il y a la mise en concurrence, et derrière il y a des délocalisations pour des éléments comme les pièces de structure, les tronçons de fuselage, les éléments de mécanique et de tuyauterie, d'autant qu'un chaîne d'A320 doit ouvrir en Chine", ajoute la CGT."Alors que l'Europe a mis plus de 50 ans à construire une industrie aéronautique compétitive (...), comment justifier auprès des citoyens que tous ces efforts vont désormais enrichir les actionnaires en exploitant les pays émergents et en privant l'Europe de milliers d'emplois ?" dénonce la CFDT, dans une "adresse" aux candidats à la présidentielle.

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