Pour l'héritier de l'empire Toyota, une première année éprouvante

Pertes gigantesques, rappels de voitures par millions, suspension de la production et des ventes aux Etats-Unis: les débuts sont rudes pour Akio Toyoda, le petit-fils du fondateur du géant japonais de l'automobile Toyota propulsé à la tête du groupe il y a moins d'un an.

(AFP) - Toyota avait créé la surprise en janvier 2009 en annonçant soudainement la nomination au poste de PDG de M. Toyoda, avec prise de fonctions le 1er avril.

Fils du mythique Shoichiro Toyoda qui régna sur Toyota de 1982 à 1992, et petit-fils de Kiichiro Toyoda qui, en 1937, fonda l'entreprise en transformant la fabrique familiale de métiers à tisser en usine automobile, Akio Toyoda était considéré depuis plusieurs années comme l'héritier naturel du fauteuil de PDG. Mais la rapidité de son couronnement avait étonné.

Actuellement âgé de 53 ans, M. Toyoda fait figure de jeunot dans un pays habitué aux patrons-gérontes. Les analystes avaient vu dans son ascension fulgurante la volonté de souder rapidement, autour d'un symbole fort, une entreprise en proie à la plus grave crise de son histoire.

Toyota était devenu en 2008 le premier constructeur automobile mondial, mettant fin à 77 ans de suprématie de l'américain General Motors. Mais ce qui aurait dû être une année de célébrations avait en fait tourné au cauchemar, avec l'effondrement du marché nord-américain dont Toyota dépendait lourdement.

Pour l'exercice 2008-2009 clos fin mars, le groupe annonçait une perte d'exploitation colossale de 461 milliards de yens (3,5 milliards d'euros). Il devrait rester dans le rouge en 2009-2010, alors même que ses rivaux et compatriotes Honda et Nissan commencent à voir le bout du tunnel.

"C'est une situation très inhabituelle", commente l'analyste automobile Tatstuya Mizuno, de la firme Mizuno Credit Advisory. "Dans le passé, quand le marché automobile allait mal, Toyota s'en sortait mieux que ses rivaux. Mais cette fois c'est le contraire. Quelque chose, chez Toyota, a changé".

A l'époque, l'arrivée au volant de M. Toyoda avait également été perçue comme un désavoeu pour l'équipe du précédent PDG Katsuaki Watanabe, artisan d'une politique d'expansion effrénée, aujourd'hui jugée téméraire.
"Nous nous sommes peut-être étendus plus que nous ne l'aurions dû", avait reconnu Akio Toyoda sitôt en poste. "Nous devons en revenir aux bases".

Dans la foulée, le groupe nippon annonçait l'abandon d'une usine américaine qu'il détenait conjointement depuis 25 ans avec son homologue General Motors, après le retrait de ce dernier. Située en Californie, cette usine reste la seule à avoir été fermée par Toyota en 72 ans d'histoire.

En novembre dernier, Toyota relevait fortement ses prévisions de résultats annuels, grâce à des réductions de coûts et au redémarrage du marché mondial.

Mais l'espoir aura été de courte durée, gâché par une pédale d'accélération mal conçue qui tend à rester bloquée en position enfoncée, et par un tapis défectueux qui peut également s'emmêler dans les pédales.

Ces dysfonctionnements, à l'origine d'accidents mortels aux Etats-Unis, ont entraîné une série de campagnes de rappels. Plusieurs millions de véhicules sont concernés en Amérique du Nord, et les mesures vont s'étendre à l'Europe.

A cause de ces problèmes de pédale, Toyota a interrompu la production et les ventes de huit modèles aux Etats-Unis, une mesure sans précédent.

Pour Shigeru Matsumura, analyste au Centre de recherche SMBC Friend, "Toyoda est actuellement confronté à son plus grand test d'autorité. Son avenir dépendra de la façon dont il va gérer cette crise".

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